Croyance : ijtihaad et taqliid
La déduction des lois (‘ijtihad) et l’obédience (taqlid)
L’ijtihad, c’est l’extraction les lois auxquelles ne fait référence aucun texte explicite n’acceptant qu’une seule signification.
Le moujtahid est donc celui qui est qualifié pour l’exercer, en connaissant par cœur les ‘ayah et les hadith qui concernent les lois tout en connaissant leurs chaînes de transmission et le degré de fiabilité de ceux qui les ont transmis, ce qui abroge et ce qui est abrogé, ce qui est général et ce qui est particulier, ce qui est absolu et ce qui est conditionné, tout en possédant une maîtrise de la langue arabe de façon à connaître la signification des termes cités dans les textes, conformément à la langue dans laquelle a été révélé le Qour’an et en connaissant aussi ce qui fait l’objet de la concordance des avis des moujtahid et ce qui fait l’objet de divergence entre eux. Parce que s’il ne connaît pas ces choses-là, il n’est pas prémuni contre le fait de violer l’Unanimité c’est-à-dire l’Unanimité des moujtahid qui l’ont précédé.
Il y a de surcroît une condition qui est un pilier majeur pour la déduction des lois, c’est la perspicacité, c’est-à-dire la force de compréhension et l’aptitude à saisir les différentes significations.
Il est aussi une condition pour le moujtahid d’être digne de confiance [1], à savoir d’être sauf des grands péchés et de la persistance à commettre les petits péchés au point que leur nombre dépasserait celui des récompenses.
Quant au mouqallid, c’est quelqu’un qui n’a pas atteint ce degré.
La preuve que les musulmans se répartissent en ces deux classes réside dans sa parole r :
(( نَضَّرَ اللهُ امْرَأً سَمِعَ مَقَالَتِي فَوَعَاهَا فَأَدَّاهَا كَمَا سَمِعَهَا، فَرُبَّ مُبَلِّغٍ لاَ فِقْهَ عِنْدَهُ ))
[rapporté par At-Tirmidhiyy et Ibnou Hibban] (naddara l-Lahou mra’an sami^a maqalati fawa^aha fa ‘addaha kama sami^aha faroubba mouballighin la fiqha ^indah) ce qui signifie : « Que Allah fasse resplendir au jour du jugement le visage de celui qui a entendu ma parole, l’a mémorisée et l’a transmise telle qu’il l’a entendue. Combien de ceux qui la transmettent n’en ont pas de compréhension complète ».
Ce qui est à retenir dans le hadith, c’est sa parole : (faroubba mouballighin la fiqha ^indah) ce qui signifie : « Combien de ceux qui la transmettent n’en ont pas de compréhension complète ». Dans une autre version, on trouve :
(( وَرُبَّ مَبَلَّغ أَوْعَى مِنْ سَامِعٍ ))
(wa roubba mouballaghin ‘aw^a min sami^) ce qui signifie : « Combien de ceux à qui elle est transmise en ont plus de compréhension que le premier à l’avoir entendue ». Il nous fait donc comprendre que parmi ceux qui ont entendu le hadith de la bouche même du Messager, il y a celui dont la part est de transmettre aux autres ce qu’il a entendu, sa compréhension étant moins forte que celui à qui il le transmet, de sorte que ce dernier a la capacité, grâce à sa forte intelligence, d’en extraire des jugements et des lois, on appelle cela la déduction (istimbat). En revanche, celui qui a entendu n’a pas cette forte capacité , il n’en saisit que le sens immédiat. On a su dès lors que certains compagnons avaient une compréhension moins forte que ceux qui entendaient d’eux le hadith du Messager de Allah.
Dans une version de ce hadith, il y a :
(( فَرُبَّ حَامِلِ فِقْهٍ إْلَى مَنْ هُوَ أَفْقَهُ مِنْهُ ))
(faroubba hamili fiqhin ‘ila man houwa ‘afqahou minh) ce qui signifie : « Combien de gens transmettent une connaissance à qui en aura plus de compréhension qu’eux ». Ces deux versions se trouvent dans At-Tirmidhiyy et Ibnou Hibban.
Le moujtahid dont il est question est l’objet de sa parole r :
(( إِذَا اجْتَهَدَ الْحَاكِمُ فَأَصَابَ فَلَهُ أَجْرَانِ وَإِذَا اجْتَهَدَ فَأَخْطَأَ فَلَهُ أَجْرٌ ))
[rapporté par Al-Boukhariyy] (‘idha jtahada l-hakimou fa’asaba falahou ‘ajrani wa ‘idha jtahada fa‘akhta’a falahou ‘ajroun) qui signifie : « Si le gouverneur fait un ijtihad et dit juste, il a une double récompense. Tandis que s’il fait un ijtihad et se trompe, il a une simple récompense ». Le Messager de Allah n’a spécifié dans son hadithle gouverneur en le citant que parce que le gouverneur a besoin de la déduction des lois, plus que tout autre. Il y a eu parmi les gens du Salaf des moujtahid qui ont exerçé avec cela les fonctions de gouverneur, tels les six Califes Abou Bakr, ^Oumar, ^Outhman, ^Aliyy, Al-Haçan Ibnou ^Aliyy et ^Oumar Ibnou ^Abdi l-^Aziz ainsi que Chourayh Al-Qadi.
Les savants du hadith qui ont composé des livres de la terminologie du hadith(moustalah) ont dénombré moins que dix moufti –dans le sens de moujtahid– parmi les compagnons [2] ; il a été dit : « environ six », et l’un des savants a dit : « environ deux cents parmi eux ont atteint le degré de l’ijtihad », et cet avis est le plus sûr.
Par conséquent, si telle était la situation parmi les compagnons, sur quelle base serait-il valable que tout musulman pouvant réciter le Qour’an et lire quelques livres dise (que ceux-là étaient des hommes et nous, nous sommes des hommes, nous n’avons pas à les imiter), alors qu’il est confirmé que la plupart des gens du Salaf n’étaient pas moujtahid mais étaient bel et bien mouqallid et suivaient l’avis des moujtahid parmi eux ?! Dans Sahihou l-Boukhariyy, il est rapporté qu’un homme avait loué ses services à un autre puis avait commis l’adultère avec sa femme. Le père de l’employé demanda son jugement. On lui répondit : Ton fils doit cent brebis et une servante. Puis il demanda aux gens de science. Ils lui dirent : Ton fils doit recevoir cent coups de fouet et être exilé pendant un an. Il se rendit finalement auprès du Messager r avec l’époux de la femme et lui dit : « Ô Messager de Allah, mon fils avait loué ses services à cet homme et a commis l’adultère avec sa femme. Des gens m’ont dit que mon fils doit être lapidé. J’ai alors compensé mon fils avec cent moutons et une servante. Ensuite j’ai demandé aux gens de science et ils m’ont dit : ton fils doit plutôt recevoir cent coups de fouet et être exilé pendant un an ». Le Messager de Allah r dit alors :
(( الْمِائَةُ شَاةٍ وَالْوَلِيدَةُ رَدٌّ عَلَيْهِ وَإِنَّ عَلَى ابْنِكَ جَلْدُ مِائَةٍ وَتَغْرِيبُ عَامٍ ))
(la’aqdiyanna baynakouma bikitabi l-Lah : ‘amma l-walidatou wa l-ghanamou faraddoun ^alayhi wa ^ala bnik jaldou mi’atin wa taghribou ^am) ce qui signifie : « Je jugerai entre vous par le Livre de Allah. Concernant les cents brebis et la servante, elles ne sont pas acceptées dans ce cas ; et concernant ton fils, il doit recevoir cent coups de fouet et être exilé pendant un an ».
Cet homme, bien qu’il fît partie des compagnons, a demandé à des gens qui étaient, eux aussi, des compagnons et ils n’ont pas répondu correctement. Puis il a demandé à des savants parmi les compagnons et le Messager lui a donné l’avis qui correspondait à ce qu’avaient dit les savants. Par conséquent, si le Messager nous a fait comprendre que certains de ceux qui entendaient de lui le hadithn’en avaient pas une compréhension complète, c’est-à-dire une capacité pour déduire les lois de ses hadith, leur part étant simplement de transmettre de lui ce qu’ils en avaient entendu, bien qu’ils comprissent la langue arabe classique, alors que dire de ces activistes qui ont l’audace de dire (que ceux-là étaient des hommes et nous nous sommes des hommes) ?! Or, par leur parole (ceux-là étaient des hommes), ils visent les moujtahid tels que les quatre Imams !…
Dans le même sens, il y a ce qu’a cité Abou Dawoud de l’histoire de l’homme blessé à la tête qui s’était retrouvé jounoub par une nuit froide. Il avait demandé l’avis à ceux qui étaient avec lui. Ils lui dirent : Fais le ghousl. Il fit donc le ghousl et en mourut. Le Messager de Allah r en fut informé et dit :
(( قَتَلُوهُ قَتَلَهُمُ اللهُ ))
(qatalouhou qatalahoumou l-Lah ‘ala sa’alou ‘idh lam ya^lamou fa’innama chifa’ou l-^iyyi s-sou’al) ce qui signifie : « Ils l’ont tué [ensuite il a invoqué contre eux] Pourquoi n’ont-ils pas demandé du moment qu’ils ne savaient pas ? Le seul remède contre l’ignorance, c’est de demander » c’est-à-dire de demander aux gens de science. Il a dit ensuite :
)) إِنّما كان يكفيه أن يتيمّم ويعضب على جُرحه خِرقةً ثمّ يمسحُ عليها ويغسلُ سائرَ جَسَدِه ((
[rapporté par Abou Dawoud et d’autres] (‘innama kana yakfihi ‘an yatayammama wa ya^siba ^ala jourhihi khirqatan thoumma yamsahou ^alayha wa yaghsilou sa’ira jaçadih) ce qui signifie : « Certes, il lui suffisait de faire simplement le tayammoum et de panser sa plaie avec un tissu, ensuite il passe la main mouillée dessus et il lave le reste de son corps ». Par conséquent, si la déduction des lois était valable de la part de n’importe quel musulman, le Messager de Allah ne les aurait pas blâmés, eux qui ont donné un avis de jurisprudence à cet homme alors qu’ils ne faisaient pas partie des gens qualifiés pour donner la fatwa.
D’autre part, la tâche du moujtahid qui lui est spécifique, c’est la déduction des lois par analogie (qiyas) c’est-à-dire déduire le jugement de ce qui ne fait pas l’objet d’un texte à partir de ce qui fait déjà l’objet d’un texte, en vertu d’une similarité entre les deux.
Par conséquent, prenez garde, prenez bien garde aux gens qui incitent leurs adeptes à pratiquer la déduction des lois bien qu’ils soient, eux et leurs émules, très loin de ce degré. Ceux-là veulent ruiner et invitent leurs adeptes à saboter les choses de la religion. Semblables à eux, les gens qui ont pris l’habitude dans leurs assemblées de distribuer à l’assistance l’interprétation d’une ‘ayah ou d’un hadithbien qu’ils n’en aient reçu au préalable aucune transmission digne de considération de la bouche des savants. Ces connaisseurs autoproclamés ont dévié de la voie des savants spécialistes des fondements parce que les savants des fondements ont dit : « La déduction des lois par analogie (al-qiyas) est la tâche du moujtahid » ; et ils ont contredit les savants du hadith également.
Croyance : la tabarrouk
La recherche des bénédictions (tabarrouk)
par les traces physiques du Prophète
Sachez que les compagnons, que Allah les agrée, recherchaient les bénédictions par les traces physiques du Prophète r, au cours de sa vie et après sa mort. Les musulmans n’ont jamais cessé de suivre cette voie jusqu’à nos jours. On a su la permission de cette pratique à partir des actes du Prophète r puisqu’il a partagé r ses cheveux lorsqu’il a fait raser sa tête lors du pèlerinage de l’adieu, de même qu’il a partagé ses coupures d’ongles.
Le partage de ses cheveux a été cité par Al-Boukhariyy et Mouslim d’après le hadithde ‘Anas. Dans la version de Mouslim, ‘Anas a dit : Lorsqu’il eut lancé les pierres r à Jamratou l-^Aqabah et égorgé son sacrifice, et qu’il parvint au rasage du crâne, il tendit au barbier la partie droite de sa tête ; celui-ci la rasa, puis le Prophète appela Abou Talhah Al-‘Ansariyy et lui donna les cheveux. Ensuite, il tendit à celui qui le rasait la partie gauche de sa tête et lui dit :
(( اِحْلِقْ ))
(‘ihliq) ce qui signifie : « Rase ». Il le rasa. Il donna alors les cheveux à Abou Talhah en lui disant :
(( اقْسِمْهُ بَيْنَ النَّاسِ ))
(‘iqsimhou bayna n-nas) ce qui signifie : « Partage-les entre les gens ». Dans une autre version rapportée également par Mouslim : « Il commença donc par la partie droite et fit distribuer aux gens ses cheveux un par un et deux par deux. Ensuite, il a dit :
(( بالأيسر ))
(bi l-‘aysar) ce qui signifie : « à gauche » et il fit la même chose puis il dit :
(( هَهُنَا أَبُو طَلْحَة ))
(hahouna ‘Abou Talhah) ce qui signifie : « Viens ici Abou Talhah » et il les remit à Abou Talhah.
Dans une autre version, rapportée également par Mouslim, il a dit r au barbier :
(( هَا ))
(ha) ce qui signifie : « Ici » et il a montré de sa main le côté droit. Il a distribué ses cheveux à ceux qui se trouvaient auprès de lui. Puis, il indiqua au barbier son côté gauche et ce dernier l’a rasé. Il a donné les cheveux à ‘Oummou Soulaym. Le hadith signifie qu’il a distribué lui-même une partie de ses cheveux aux gens alentours et qu’il en a donné à Abou Talhah pour les distribuer aux autres, tout comme il en a donné une partie à ‘Oummou Soulaym. Cela comporte bien le tabarrouk par les traces physiques du Messager. Par conséquent, il a distribué r une partie de ses cheveux aux gens pour qu’ils en recherchent les bénédictions, pour qu’ils demandent l’intercession à Allah par les traces de leur Prophète et pour rechercher par cela l’agrément de Allah. Il leur a distribués pour qu’ils soient une bénédiction restant parmi eux et un souvenir pour eux.
Par la suite, ont suivi les compagnons dans leur pratique du tabarrouk par ses traces physiques r ceux à qui Allah a accordé la félicité et les gens du Khalaf l’ont pris des gens du Salaf.
Quant au partage de ses coupures d’ongles, l’Imam Ahmad a rapporté dans son Mousnad que le Prophète r s’est coupé les ongles et a distribué les coupures aux gens. Il est connu que ce n’est pas pour que les gens les mangent mais pour qu’ils en recherchent les bénédictions.
Quant à sa tunique longue (joubbah) r, Mouslim a rapporté dans son Sahih du Mawla de ‘Asma‘ bintou Abi Bakr qu’il a dit : Elle nous a présenté une tunique longue (joubbah) à capuche, de modèle persan, dont l’encolure était ornée de brocart et les emmanchures ourlées ; elle a dit : « C’est la tunique longue du Messager de Allah r ; elle se trouvait chez ^A‘ichah ; lorsqu’elle est décédée, je l’ai récupérée. Le Prophète r la portait ; nous la lavons pour les malades et nous cherchons par elle la guérison ». Et dans une autre version : « Nous la lavons pour qui est malade parmi nous ».
Il est rapporté de Handhalah Ibnou Hadhyam qu’il a dit : Je suis allé avec mon grand-père Hadhyam chez le Messager de Allah r. Il a dit : « Ô Messager de Allah, j’ai des petit-fils qui ont des barbes et d’autres pas encore, celui-là est le plus jeune d’entre eux. Il m’a rapproché du Messager de Allah r qui a passé sa main sur ma tête et m’a dit :
(( بَارَكَ اللهُ فِيكَ ))
(baraka l-Lahou fika) ce qui signifie : « Que Allah t’augmente en bien ». Adh-Dhayyal a dit : « Je vois venir à Handhalah l’homme dont le visage est tuméfié ou la brebis dont le pis est enflé ; il dit : Bismi l-Lah en posant sa main sur l’endroit touché par la main du Messager de Allah r puis il passe la main et la tumeur disparaît ». Ceci est rapporté par At–Tabaraniyy dans Al-‘Awsat et Al-Kabir avec des termes similaires ainsi que l’Imam Ahmad dans un long hadith, les hommes de la chaîne de transmission de Ahmad sont dignes de confiance.
Il est rapporté de Thabit qu’il a dit : « Lorsque j’allais voir ‘Anas, on l’informait de mon attente, j’entrais, je prenais ses mains et je les embrassais en disant : Par mon père ! Ces deux mains qui ont touché le Messager de Allah r ! Et j’embrassais ses yeux en disant : Par mon père ! Ces deux yeux qui ont vu le Messager de Allah r ! » Ceci a été rapporté par Abou Ya^la, les hommes de sa chaîne de transmission sont des hommes du sahih mis à part ^Abdou l-Lah Ibnou Abi Bakr Al-Maqdamiyy qui est digne de confiance (thiqah).
Il est rapporté de Dawoud Ibnou Abi Salih qu’il a dit : « Marwan –c’est-à-dire Marwan Ibnou l-Hakam– est arrivé un jour et a trouvé un homme posant son visage sur la tombe. Il lui a dit : « Sais-tu ce que tu es en train de faire ?! » Quand il est arrivé auprès de lui, il a vu qu’il s’agissait de Abou ‘Ayyoub qui lui a dit : « Oui, je suis venu pour le Messager de Allah r et je ne suis pas venu pour la pierre. J’ai entendu le Messager de Allah r dire :
(( لاَ تَبْكُوا عَلَى الدِّينِ إِذَا وَلِيَهُ أَهْلُهُ وَلَكِنْ ابْكُوا عَلَيْهِ إِذَا وَلِيَهُ غَيْرُ أَهْلِهِ ))
[rapporté par Ahmad et At–Tabaraniyy dans Al-Kabir et Al-‘Awsat] (la tabkou ^ala d-dini ‘idha waliyahou ‘ahlouhou wa lakin ibkou ^alayhi ‘idha waliyahou ghayrou ‘ahlih) ce qui signifie : « Ne vous tourmentez pas pour la religion si ceux qui s’en chargent ont la capacité de s’en charger. Mais tourmentez-vous pour elle si des gens qui n’en ont pas la capacité s’en chargent ».
Al-Bayhaqiyy a rapporté dans Dala’ilou n-Noubouwwah et Al-Hakim dans Al-Moustadrak ainsi que d’autres, avec une chaîne de transmission, que Khalid Ibnou l-Walid avait perdu sa toque le jour de la bataille du Yarmouk. Il a dit : « Mettez-vous à sa recherche ». Mais ils ne l’ont pas trouvée. Puis ils se sont remis à sa recherche et l’ont finalement retrouvée. Khalid a dit : « Le Messager de Allah r a fait une ^Oumrah et s’est rasé la tête. Les gens ont alors pris les cheveux des côtés et je les ai précédés pour la mèche du haut du front. Je l’ai placée dans cette toque. Je n’ai pas assisté à une bataille en l’ayant sur moi sans que la victoire ne me soit accordée ». Cette histoire a une forte chaîne de transmission tout comme l’a indiqué le Chaykh Habibou r-Rahman Al-‘A^dhamiyy dans ses remarques sur Al-Matalibou l-^Aliyah ; il a dit : Al-Bousayriyy a dit qu’il a été rapporté par Abou Ya^la avec une forte chaîne de transmission et Al-Haythamiyy a dit qu’il a été rapporté par At–Tabaraniyy et Abou Ya^la selon une version analogue et que les hommes de leurs chaînes de transmission sont tous du degré du sahih. Fin de citation
Il n’y a donc aucune considération à donner à la prétention de ceux qui renient le tawassoul et le tabarrouk par ses traces physiques honorées r.
Croyance : le tawassoul
La confirmation qu’il est permis d’invoquer Allah par
le degré des prophètes et des saints (tawassoul) et
que ce n’est pas adorer autre que Allah (chirk)
Sache qu’il n’y a aucune preuve véritable indiquant (qu’il ne serait pas permis de faire le tawassoul par les prophètes et les saints, aussi bien en leur absence qu’après leur mort, sous prétexte que cela serait une adoration d’autre que Allah). En effet, le simple appel d’un vivant ou d’un mort (nida’) n’est pas une adoration d’autre que Allah. De même, la simple glorification (ta^dhim) ou la simple recherche du renfort (istighathah) par autre que Allah n’est pas une adoration d’autre que Allah. De même, la simple visite de la tombe d’un saint pour en rechercher des bénédictions (tabarrouk) n’est pas une adoration d’autre que Allah. De même, la simple demande de ce qui n’arrive habituellement aux gens n’est pas une adoration d’autre que Allah. De même, le simple appel au secours (isti^anah) adressé à quelqu’un d’autre que Allah ta^ala n’est pas une adoration d’autre que Allah. C’est-à-dire que tout cela n’est pas du chirk car la définition de l’adoration (al-^ibadah) selon les spécialistes de la langue ne s’applique en rien à tout cela. En effet, selon eux, l’adoration est l’obéissance avec la soumission [1].
Al-‘Azhariyy, l’un des plus grands linguistes, a dit dans le livre Tahdhibou l-Loughah, en rapportant de Az–Zajjaj, qui est l’un des plus connus d’entre eux : « L’adoration, dans la langue arabe, c’est l’obéissance avec l’extrême soumission ». Al-Farra‘ a dit la même chose tout comme cela figure dans le livre Liçanou l-^Arab de Ibnou Mandhour. L’un des linguistes a dit : « C’est l’extrême limite de la crainte et de la soumission ». Un autre a dit : « C’est l’extrême soumission » [2] comme on le comprend de la parole du commentateur du Qamous, Mourtada Az–Zabidiyy, le couronnement de l’effort des linguistes, et ceci est bien ce qui est compatible avec la langue et l’usage. D’autre part, la simple soumission (tadhalloul) n’est pas une adoration d’autre que Allah car sinon, tous ceux qui font preuve d’humilité envers les rois et les notables deviendraient mécréants. En effet, il a été confirmé que Mou^adh Ibnou Jabal de retour du Cham s’était prosterné pour le Messager de Allah. Le Messager lui avait dit :
(( مَا هَذَا ؟ ))
(ma hadha) ce qui signifie : « Qu’est-ce que cela ? ». Il avait répondu : « Ô Messager de Allah, j’ai vu les gens du Cham se prosterner pour leurs patriarches et leurs évêques, et toi, tu le mérites plus qu’eux ». Il avait alors dit :
(( لاَ تَفْعَلْ لَوْ كُنْتُ آمُرُ أَحَداً أَنْ يَسْجُدَ لأَحَدٍ لأَمَرْتُ الْمَرْأَةَ أَنْ تَسْجُدَ لِزَوْجِهَا ))
[rapporté par Ibnou Hibban et Ibnou Majah et d’autres qu’eux] (la taf^al law kountou ‘amourou ‘ahadan ‘an yasjouda li’ahadin la’amartou l-mar’ata ‘an tasjouda lizawjiha) ce qui signifie : « Ne le fais pas. Si j’avais eu à ordonner à quelqu’un de se prosterner pour quelqu’un d’autre, j’aurais ordonné à l’épouse de se prosterner pour son époux ». Le Messager de Allah r ne lui a pas dit : « Tu as fait de la mécréance » (kafarta) non plus qu’il ne lui a dit : « Tu as adoré autre que Allah » (‘achrakta) bien que sa prosternation pour le Prophète (soujoud) soit une façon majeure de manifester son humilité.
Par conséquent, ceux qui jugent quelqu’un mécréant s’il part visiter la tombe du Messager ou de quelqu’un d’autre parmi les saints pour rechercher les bénédictions, ils ignorent la signification de l’adoration et ont contredit la pratique des musulmans car les musulmans, qu’ils fassent partie du Salaf ou du Khalaf, ont toujours visité la tombe du Prophète pour en rechercher les bénédictions. Et la visite pour rechercher les bénédictions ne veut pas dire que le Messager leur crée la bénédiction mais veut dire qu’ils souhaitent grâce à la visite de sa tombe r que Allah leur crée les bénédictions.
La preuve en est ce qu’a rapporté Al-Bayhaqiyy avec une forte chaîne de transmission d’après Malikou d-Dar qui était le trésorier de ^Oumar. Il a dit : Une famine a eu lieu au temps de ^Oumar. Un homme s’est alors rendu à la tombe du Prophète r et a dit : « Ô Messager de Allah, demande à Allah la pluie pour ta communauté, ils ont subi beaucoup de pertes ». On vint alors à cet homme dans le rêve [3] et on lui a dit : (‘aqri’ ^Oumara s-salama wa ‘akhbirhou ‘annahoum yousqawn wa qoul lahou ^alayka l-kayça l-kays) ce qui signifie : « Passe le salam à ^Oumar de ma part et informe-le que vous aurez la pluie, et dis-lui de persévérer à faire preuve d’effort pour servir la communauté ». L’homme est allé voir ^Oumar et l’en a informé. ^Oumar s’est alors mis à pleurer et a dit : « Ô Seigneur, je ferai tout ce qui est en ma capacité pour servir la communauté » Fin de citation. Il est parvenu dans l’explication de ce hadith que cet homme est Bilal Ibnou l-Harith Al-Mouzaniyy, le compagnon. Ce compagnon est parti visiter la tombe du Messager pour rechercher les bénédictions et ni ^Oumar ni personne d’autre ne l’a désavoué. Par conséquent, la prétention de Ibnou Taymiyah (que cette visite serait une visite de chirk) est nulle et non avenue.
Le Hafidh Waliyyou d-Din Al-^Iraqiyy a dit à propos du hadith deAbou Hourayrah dans lequel il est rapporté que Mouça a dit : « Seigneur, rapproche moi de la terre sainte ne serait-ce que d’un jet de pierre » et que le Prophète r a dit :
(( وَاللهِ لَوْ أَنِّي عِنْدَهُ لأَرَيْتُكُمْ قَبْرَهُ إِلَى جَنْبِ الطَّرِيقِ عِنْدَ الْكَثِيبِ الأَحْمَرِ ))
(wa l-Lahi law ‘anni ^indahou la’araytoukoum qabrahou ‘ila janbi t–tariqi ^inda l-kathibi l-‘ahmar) ce qui signifie : « Par Allah, si j’étais auprès de lui, je vous montrerais sa tombe, en bordure du chemin, près de la colline rouge » : « Il contient la recommandation d’avoir connaissance de l’emplacement des tombes des vertueux pour les visiter et les entretenir comme il se doit » Fin de citation.
Le Hafidh Ad–Diya‘ a dit : « Salim At-Tall m’a dit : « Je n’ai pas vu un endroit où soit plus rapidement exaucée l’invocation qu’auprès de cette tombe et le Chaykh ^Abdou l-Lah Ibnou Younis, connu sous le nom de Al-‘Armaniyy, a visité cette tombe et s’est endormi, il a vu alors dans son sommeil une coupole près de la tombe, en-dessous de laquelle se tenait un homme brun de peau. Il lui a passé le salam et lui a dit : « Tu es Mouça celui à qui Allah a parlé » ou « tu es Mouça le prophète de Allah ». Il a dit : (na^am) ce qui signifie : « Oui ». J’ai dit : « Dis-moi quelque chose ». Il m’a fait un signe avec quatre doigts et Salim a décrit leur longueur. Je me suis réveillé et je ne savais pas ce qu’il avait dit. J’en ai informé le Chaykh Dhayyal qui m’a dit : « Tu auras quatre fils ». Je lui ai dit : « J’ai épousé une femme que je n’ai pas approchée ». Il m’a dit : « Ce sera une autre que celle-là ». J’ai ainsi épousé une autre qui m’a donné quatre fils ». Fin de citation
Ahmad a rapporté dans son Mousnad avec une bonne chaîne de transmission, conformément à ce qu’a dit le Hafidh Ibnou Hajar que Al-Harith Ibnou Hassan Al-Bakriyy a dit au Messager de Allah r : « Je recherche la protection par Allah et par Son Messager pour ne pas subir le sort de l’émissaire de ^Ad » [4]. Le hadithjusqu’à sa fin est donc une preuve qui annule la parole des wahhabites (que la recherche de protection par autre que Allah serait du chirk).
D’après Ibnou ^Abbas, le Messager de Allah r a dit :
)) إِنَّ لِلَّهِ مَلاَئِكَةٌ فِي الأَرْضِ سِوَى الْحَفَظَةِ يَكْتُبُون مَا يَسْقُطُ مِنْ وَرَقِ الشَّجَرِ فَإِذَا أَصَابَ أَحَدَكُمْ عَرْجَةٌ بِأَرْضٍ فَلاَةٍ فَلْيُنَادِ أَعِينُوا عِبَادَ اللهِ ((
(‘inna li l-Lahi mala’ikatan fi l-‘ardi siwa l-hafadhati yaktoubouna ma yasqoutou min waraqi ch-chajari fa’idha ‘asaba ‘ahadakoum ^arjatoun bi ‘ardin falatin falyounadi ‘a^inou ^ibada l-Lah) ce qui signifie : « Certes, Allah a des anges sur terre, autres que les anges protecteurs, qui inscrivent ce qui tombe des feuilles des arbres. Si l’un de vous trouve une difficulté dans une terre déserte, qu’il appelle : aidez-moi, ô esclaves de Allah » [rapporté par At–Tabaraniyy et le Hafidh Al-Haythamiyy a dit : les hommes de sa chaîne de transmission sont des gens de confiance].
Le Messager de Allah r a dit :
)) حَيَاتِي خَيْرٌ لَكُمْ وَمَمَاتِي خَيْرٌ لَكُمْ تُحْدِثُونَ وَيُحْدَثُ لَكُمْ وَوَفَاتِي خَيْرٌ لَكُمْ تُعْرَضُ عَلَيَّ أَعْمَالُكُمْ فَمَا رَأَيْتُ مِنْ خَيْرٍ حَمِدْتُ اللهَ عَلَيْهِ وَمَا رَأَيْتُ مِنْ شَرٍّ اسْتَغْفَرْتُ لَكُمْ ((
[rapporté par Al-Bazzar et les hommes de sa chaîne de transmission sont des hommes du degré du sahih] (hayati khayroun lakoum wa mamati khayroun lakoum touhdithouna wa youhdathou lakoum wa wafati khayroun lakoum tou^radou ^alayya ‘a^maloukoum fama ra’aytou min khayrin hamidtou l-Laha ^alayhi wa ma ra’aytou min charrin istaghfartou lakoum) ce qui signifie : « Durant ma vie, je suis source de bien pour vous et après ma mort, je serai source de bien pour vous. Il se produit de vous des actes et le jugement m’en parvient ensuite par révélation. Après ma mort, je serai source de bien pour vous : vos œuvres me seront exposées. Pour ce que je trouverai de bien, je ferai les louanges à Allah pour cela et pour ce que je trouverai de mal, je demanderai à Allah qu’Il vous pardonne ».
At–Tabaraniyy a rapporté dans ses deux Mou^jam –As–Saghir et Al-Kabir– d’après ^Outhman Ibnou Hounayf qu’un homme avait un différend c’est-à-dire qu’il allait et venait chez ^Outhman Ibnou ^Affan mais ^Outhman ne le recevait pas et ne prêtait pas attention à son affaire. Rencontrant ^Outhman Ibnou Hounayf, il se plaint à lui de sa situation. Celui-ci lui dit : « Va à l’endroit où on fait le woudou’, fais le woudou’, accomplis deux rak^ah puis dis ces paroles : (‘Allahoumma ‘inni ‘as’alouka wa ‘atawajjahou ‘ilayka binabiyyina Mouhammad, nabiyyi r-rahmah ; Ya Mouhammad, ‘inni ‘atawajjahou bika ‘ila Rabbi fi hajati litouqda li) [5] . Puis va le voir, j’irai avec toi. L’homme partit faire ce qu’il lui avait dit. Puis, il se rendit à la porte de ^Outhman. Le portier vint, le prit par la main et le fit entrer auprès de ^Outhman Ibnou ^Affan qui le fit asseoir sur son tapis de prière et lui dit : « Quelle est ton affaire ? » Il lui rappela son affaire et ^Outhman la lui régla en lui disant : « Je ne me suis rappelé de ton affaire qu’à cette heure ». Puis il sortit de chez lui et rencontra ^Outhman Ibnou Hounayf. Il lui dit : « Que Allah te récompense en bien. Il ne m’a reçu et n’a prêté attention à mon affaire qu’après que tu lui as parlé de moi ». ^Outhman Ibnou Hounayf répondit : « Par Allah, je ne lui en ai rien dit ! Mais j’ai été témoin d’une chose qui s’est passée avec le Messager de Allah r. Il est venu à lui un aveugle qui s’est plaint à lui de sa cécité. Le Messager lui a dit :
(( إِنْ شِئْتَ صَبَرْتَ وَإِنْ شِئْتَ دَعَوْتُ لَكَ ))
(‘in chi’ta sabarta wa ‘in chi’ta da^awtou lak) ce qui signifie : « Si tu veux, tu patientes et si tu veux, j’invoque Allah pour toi ». Il lui a répondu : Ô Messager de Allah, la perte de la vue m’est très difficile car je n’ai personne pour me guider. Alors, le Messager lui a dit :
)) إِئتِ الْمِيضَأَةَ (أَيْ مَكَانُ الْوُضُوءِ) فَتَوَضَّأْ وَصَلِّ رَكْعَتَيْنِ ثُمَّ قُلْ هَؤُلاَءِ الْكَلِمَاتِ :
(‘i’ti l-mida’ata fatawadda’ wa salli rak^atayni thoumma qoul ha’oula’i l-kalimat) ce qui signifie : « Va à l’endroit où on fait le woudou’, fais le woudou’, accomplis deux rak^ah puis dis ces paroles :
الَّلهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ وَأَتَوَجَّهُ إِلَيْكَ بِنَبِيِّنَا مُحَمَّدٍ نَبِيِّ الرَّحْمَةِ يَــا مُحَمَّد إِنِّي أَتَوَجَّهُ بِكَ إِلَى رَبِّي ِفي حَاجَتِي (وَتُسَمِّي حَاجَتَكَ) لِتُقْضَى لِي ((
(‘Allahoumma ‘inni ‘as’alouka wa ‘atawajjahou ‘ilayka binabiyyina Mouhammad, nabiyyi r-rahmah ; ya Mouhammad, ‘inni ‘atawajjahou bika ‘ila Rabbi fi hajati litouqda li) ce qui signifie : « Ô Allah, je Te demande et je m’adresse à Toi par notre Prophète Mouhammad, le Prophète de la miséricorde ; ô Mouhammad, je m’adresse par toi à mon Seigneur concernant mon affaire pour qu’elle me soit réglée ». L’homme a fait ce que le Prophète r lui avait dit de faire. Par Allah, nous ne nous étions pas encore séparés, et notre assemblée n’avait pas duré longtemps, que l’homme est revenu en ayant recouvré la vue, comme s’il n’avait jamais été atteint de cécité ».
At–Tabaraniyy a dit dans son Mou^jam : « Le hadithest sahih », alors que d’habitude, At–Tabaraniyy ne mentionne jamais qu’un hadith est sahih, sachant que son livre Al-Mou^jamou l-Kabir est très volumineux. Il n’a jamais dit au sujet d’un hadith qu’il rapporte, même s’il est sahih (que le hadith est sahih) sinon à propos de ce hadith. Il l’a aussi mentionné dans Al-Mou^jamou s–Saghir et l’a jugé sahih.
Ce hadithcomporte la preuve que l’aveugle a fait le tawassoul par le Prophète en son absence, la preuve en est la parole de ^Outhman Ibnou Hounayf : « que l’homme est revenu ». D’autre part, il comporte la preuve que l’invocation avec le tawassoul par le Prophète est permise pendant sa vie et après sa mort. La parole de Ibnou Taymiyah (qu’il ne serait permis de faire le tawassoul que par quelqu’un qui est vivant et présent) est donc invalide. Toute condition qui n’est pas posée dans le Qour’an est nulle et non avenue, même s’il s’agit d’une centaine de conditions.
Quant à l’attachement de certains wahhabites à la prétention de Ibnou Taymiyah concernant le hadith de At-Tirmidhiyy dans lequel il est dit (Allahoumma chaffi^hou fiyya wa chaffi^ni fi nafci), ceci n’indique pas (qu’on ne ferait pas le tabarrouk par la personne même du Prophète). Au contraire, le tabarrouk par la personne du Prophète fait l’objet de l’unanimité. Il n’y a que Ibnou Taymiyah qui ait contredit à ce sujet. Pourtant, c’est à propos du Messager que ce vers de poésie [cité par Al-Boukhariyy] a été dit :
(wa ‘abyada youstasqa l-ghamamou biwajhih
thimala l-yatama ^ismatoun li l-‘aramil)
qui signifie :
« On recherche la pluie par son visage,
Un secours pour les orphelins, un protecteur pour les veuves ».
Quant au tawassoul que ^Oumar a fait par Al-^Abbas après la mort du Prophète r, il ne l’a pas fait en raison du décès du Messager mais bien pour tenir compte de l’honneur de sa parenté avec le Prophète r, la preuve en est la parole de Al-^Abbas lorsque ^Oumar l’a fait avancer : « Ô Allah, les gens se sont adressés à Toi par moi, pour ma parenté avec Ton prophète ». L’invalidité de l’avis de Ibnou Taymiyah et de ceux qui l’ont suivi lorsqu’ils réprouvent le tawassoul a donc été clairement démontrée. Cette nouvelle des compagnons a rapportée par Az–Zoubayr Ibnou Bakkar tout comme l’a dit le Hafidh Ibnou Hajar.
Pour nous conforter aussi dans notre compréhension, il y a ce qu’a rapporté Al-Hakim dans Al-Moustadrak que ^Oumar, que Allah l’agrée, a fait un discours devant les gens dans lequel il a dit : « Ô gens, certes le Messager de Allah r considérait Al-^Abbas comme un fils considère son père. Alors prenez exemple sur lui en son oncle Al-^Abbas et prenez-le pour cause (wacilah) dans vos demandes à Allah ». Ceci éclaire donc la raison du tawassoul de ^Oumar par Al-^Abbas.
Il n’y a aucune considération à donner après cela à la prétention de l’un de ces perturbateurs qui a dit (que le hadithcité comporterait dans sa chaîne de transmission Abou Ja^far qui serait un homme inconnu). Il n’en est pas comme ils le prétendent. Bien au contraire, Abou Ja^far est Abou Ja^far Al-Khitmiyy qui est un homme digne de confiance. Il en est de même pour la prétention de l’un d’eux, Nasirou d-Din Al-‘Albaniyy, (que ce que viserait At–Tabaraniyy par sa parole : « Le hadith est sahih » concernerait la partie d’origine qui rapporte ce qu’a fait l’homme aveugle pendant la vie du Messager de Allah exclusivement et non ce qu’a fait l’homme à l’époque de ^Outhman Ibnou ^Affan après la mort du Messager). En effet, les savants de la terminologie du hadith (moustalah) ont dit : « L’appellation hadithest donnée à ce qui est attribué au Prophète (hadith marfou^) et à ce qui s’arrête aux compagnons (hadith mawqouf) », c’est-à-dire que la parole du Messager est appelée hadith de même que la parole du compagnon est appelée hadithet le terme hadithn’est pas limité aux paroles du Prophète seulement, dans leur terminologie. La parole de cet imposteur n’est donc pas conforme à ce qui est décrété dans la science de la terminologie.Que celui qui le souhaite consulte le livre Kitabou Tadribi r-Rawi et Al-‘Ifsah et d’autres livres de la terminologie du hadith. Et n’a conduit Al-’Albaniyy à proférer cette allégation mensongère que son extrême fanatisme à suivre ses passions et sa totale indifférence à se retrouver en contradiction avec les savants, tout comme son prédécesseur Ibnou Taymiyah.
Quant au hadithde Ibnou ^Abbas, rapporté par At-Tirmidhiyy, dans lequel le Prophète r lui a dit :
(( إِذَا سَأَلْتَ فَاسْأَلِ اللهَ وَإِذَا اسْتَعَنْتَ فَاسْتَعِنَ بِاللهِ ))
(‘idha sa’alta fas’ali l-Laha wa ‘idha sta^anta fasta^in bi l-Lah) ce qui signifie : « Si tu demandes, demande à Allah et si tu recherches de l’aide, demande-la à Allah », il ne comporte pas non plus de preuve de l’interdiction du tawassoul par les prophètes et les saints. En effet, la signification du hadithest que Celui Qui est prioritaire à ce qu’on Lui demande et qu’on demande Son aide, c’est Allah ta^ala. Il ne signifie pas (ne demande pas à autre que Allah et ne demande pas d’aide à autre que Allah). Semblable à cela, la parole du Prophète r :
(( لاَ تُصَاحِبْ إِلاَّ مُؤْمِناً وَلاَ يَأْكُلْ طَعَامَكَ إِلاَّ تَقِيٌّ ))
(la tousahib ‘il-la mou’minan wa la ya’koul ta^amaka ‘il-la taqiyy) ce qui signifie : « N’aies pour compagnon qu’un croyant et que ne mange de ta nourriture qu’un pieux ». Par conséquent, de même qu’on ne comprend pas de ce hadith(qu’il ne serait pas permis de prendre pour compagnon quelqu’un d’autre qu’un croyant ou de partager son repas avec quelqu’un d’autre qu’un pieux) mais qu’on en comprend seulement qu’on tient compagnie en priorité à un croyant et qu‘on partage sa nourriture en priorité avec un pieux, de même on comprend seulement du hadith de Ibnou ^Abbas la priorité. Quant à l’interdiction qu’ils prétendent, elle ne figure pas dans ce hadith.
De plus, il n’y a pas de différence entre le tawassoul et l’istighathah. Ainsi, le tawassoul est aussi appelé istighathah, comme cela a été rapporté dans le hadithde Al-Boukhariyy dans lequel le Prophète r a dit :
)) إِنَّ الشَّمْسَ تَدْنُو يَوْمَ الْقِيَامَةِ حَتَّى يَبْلُغَ الْعَرَقُ نِصْفَ الأُذُنِ فَبَيْنَمَا هُمْ كَذَلِكَ اسْتَغَاثُوا بِآدَمَ ثُمَّ مُوسَى ثُمَّ بِمُحَمَّدٍ ((
(‘inna ch-chamsa tadnou yawma l-qiyamati hatta yablougha l-^araqou nisfa l-‘oudhouni fabaynama houm kadhalika s-taghathou bi ‘Adama thoumma Mouça thoumma Mouhammad) ce qui signifie : « Certes, le soleil se rapprochera tant au Jour du jugement que la sueur parviendra jusqu’à mi-oreille. Tandis qu’ils seront ainsi, ils demanderont le secours (istighathah) de ‘Adam puis de Mouça puis de Mouhammad r ». Ce hadith est cité selon la version rapportée de ^Abdou l-Lah Ibnou ^Oumar du hadith concernant l’intercession au Jour du jugement. Dans la version de ‘Anas, il a été rapporté avec le terme de la demande d’intercession (istichfa^) et chacune des deux versions est du degré du sahih. Ceci montre donc que l’istichfa^ et l’istighathah ont la même signification et que le Messager a appelé leur demande à ‘Adam pour qu’il intercède en leur faveur auprès de leur Seigneur « appel au secours » (istighathah).
D’autre part, le Messager a qualifié la pluie de « salvatrice » (moughith).
Ainsi, Abou Dawoud et d’autres que lui ont rapporté avec une forte chaîne de transmission que le Messager a dit :
(( اللَّهُمَّ اسْقِنَا غَيْثاً مُغِيثاً مَرِيعاً نَافِعاً غَيْرَ ضَارٍّ عَاجِلاً غَيْرَ آجِلٍ ))
(Allahoumma s-qina ghaythan moughithan mari^an nafi^an ghayra darrin ^ajilan ghayra ‘ajil) ce qui signifie : « Ô Allah, abreuve-nous d’une pluie qui soit pour nous salvatrice, qui étanche la soif et qui fasse pousser l’herbe, qui soit utile et non nuisible, qui soit proche et non tardive ».
Ainsi, c’est le Messager qui a qualifié la pluie de salvatrice car elle sauve de la difficulté, par la volonté de Allah. De même, le prophète et le saint sauvent de la difficulté par la volonté de Allah ta^ala.
[1] (at–ta^atou ma^a l-khoudou^) l’obéissance avec la soumission c’est-à-dire l’extrême soumission.
[2] (nihayatou t-tadhalloul) c’est-à-dire l’extrême soumission.
[3] C’est-à-dire qu’on lui a fait voir dans le rêve que le Messager de Allah r lui parlait.
[4] La translittération du terme en arabe est : (‘a^oudhou bil-Lahi wa raçoulihi min ‘an ‘akouna kawafidi ^ad).
[5] Ce qui signifie : « Ô Allah, je Te demande et je m’adresse à Toi par notre Prophète Mouhammad le Prophète de la miséricorde ; ô Mouhammad je m’adresse par toi à mon Seigneur concernant mon affaire pour qu’elle me soit réglée ».
Croyance : l’innovation
L’innovation (al-bid^ah)
(Al-bid^ah) dans la langue arabe, c’est ce qui a été innové sans équivalent antérieur. Selon la Loi de l’Islam, c’est ce qui a été innové sans avoir été mentionné ni dans le Qour’an ni dans le hadith.
Elle se classe en deux catégories, comme on le comprend du hadithde ^A‘ichah, que Allah l’agrée, qui a dit : « Le Messager de Allah r a dit :
(( مَنْ أَحْدَثَ فِي أَمْرِنَا هَذَا مَا لَيْسَ مِنْهُ فَهُوَ رَدٌّ ))
(man ‘ahdatha fi ‘amrina hadha ma layça minhou fahouwa radd) ce qui signifie : « Si quelqu’un innove dans notre religion quelque chose qui n’est pas conforme à notre religion, ce qu’il a innové est rejeté » [rapporté par Al-Boukhariyy et Mouslim] [1].
La première sorte : la bonne innovation (sounnah haçanah), c’est la nouveauté qui est en accord avec le Qour’an et la Sounnah.
La deuxième sorte : la mauvaise innovation (sounnah sayyi’ah), c’est la nouveauté qui est en contradiction avec le Qour’an et la Sounnah.
Cette classification est comprise également du hadithde Jarir Ibnou ^Abdi l-Lah Al-Bajaliyy, que Allah l’agrée, qui a dit : « Le Messager de Allah r a dit :
)) مَنْ سَنَّ فِى الإِسْلامِ سُنَّةً حَسَنَةً فَلَهُ أَجْرُهَا وَأَجْرُ مَنْ عَمِلَ بِهَا مِنْ غَيْرِ أَنْ ينْقُصَ مِنْ أُجُورِهِمْ شَىْءٌ، وَمَنْ سَنَّ فِى الإِسْلام سُنَّةً سَيِّئَةً كَانَ عَلَيْهِ وِزْرُهَا وَوِزْرُ مَنْ عَمِلَ بِهَا مِنْ بَعْدِهِ مِنْ غَيْرِ أَنْ ينْقصَ مِنْ أَوْزَارِهِمْ شَىْءٌ ((
[rapporté par Mouslim] (man sanna fi l-‘Islami sounnatan haçanatan falahou ‘ajrouha wa ‘ajrou man ^amila biha min ba^dihi min ghayri ‘an yanqousa min ‘oujourihim chay’oun wa man sanna fi l-‘Islami sounnatan sayyi’atan kana ^alayhi wizrouha wa wizrou man ^amila biha min ba^dihi min ghayri ‘an ‘yanqousa min ‘awzarihim chay’) ce qui signifie : « Celui qui instaure dans l’Islam une bonne tradition (sounnah haçanah), il aura sa récompense et une récompense chaque fois que quelqu’un la pratiquera après lui sans qu’il soit diminué quoi que ce soit de leurs récompenses ; et celui qui instaure dans l’Islam une mauvaise tradition (sounnah sayyi’ah), il se chargera de son péché et d’un péché chaque fois que quelqu’un la pratiquera après lui sans qu’il ne soit diminué quoi que ce soit de leurs péchés ».
* Exemple de la première sorte d’innovation, la bonne innovation : la célébration de la naissance du Prophète r (al-mawlid). Le premier à l’avoir instaurée est le roi Al-Moudhaffar qui était roi de ‘Irbil au septième siècle de l’Hégire. Il y a aussi ponctuation des lettres du Qour’an, instaurée par le successeur glorieux des compagnons Yahya Ibnou Ya^mar qui faisait partie des gens de science et de piété. Les savants, mouhaddith ou autres, ont accepté la notation des points des lettres et l’ont approuvée. En effet, les écrits coraniques ne comportaient aucun point lorsque le Messager a dicté le Qour’an à ceux qui transcrivaient la révélation. De même, lorsque ^Outhman Ibnou ^Affan a écrit les cinq ou six exemplaires du Qour’an, ils ne comportaient aucun point. Depuis que les points des lettres ont été ajoutés, les musulmans sont sur cette innovation jusqu’à nos jours. Ira-t-on dire (que c’est une innovation d’égarement puisque le Messager ne l’a jamais fait) ? S’il en est ainsi, qu’ils renoncent eux-mêmes aux recueils du Qour’an (Mous–haf) qui comportent cette ponctuation ou bien qu’ils effacent la ponctuation des Mous–haf pour qu’ils en soient de nouveau dépourvus, comme ils l’étaient du temps de ^Outhman. Abou Bakr Ibnou Abi Dawoud, l’auteur des Sounan dans son livre Kitabou l-Masahif a dit : « Le premier à avoir mis des points sur les lettres des Mous–haf est Yahya Ibnou Ya^mar ». Fin de citation. Yahya Ibnou Ya^mar fait partie des savants des successeurs des compagnons, il a rapporté des hadithde ^Abdou l-Lah Ibnou ^Oumar et d’autres encore.
* Exemple de la deuxième sorte, la mauvaise innovation : les innovations dans la croyance telles que la bid^ah des mou^tazilah, des khawarij et d’autres parmi ceux qui ont dévié de l’état des compagnons, que Allah les agrée, concernant la croyance.
Il y a aussi l’écriture de : (ص) (sad), ou (صلعم) (sal^am) après le nom du Prophète au lieu de : (صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ).
Les spécialistes de la science du hadith(mouhaddith) ont dit dans les livres de la terminologie du hadith(moustalah)que l’écriture de la lettre :
(ص)
(sad) seule est déconseillée [2] tout en sachant qu’ils ne l’ont pas jugée interdite, ils l’ont même pratiquée.
Par conséquent, ces pseudo-rigoristes, coupeurs de cheveux en quatre et sédicieux, sur quelle base osent-ils dire (que célébrer la naissance du Prophète serait une innovation interdite), (que l’invocation en faveur du Prophète (as–salatou ^ala n-nabiyy) à haute voix juste après l’appel à la prière serait une innovation interdite), en prétextant que ni le Messager ni les compagnons ne l’ont jamais pratiquée ?!
Parmi ces mauvaises innovations, il y a aussi la déformation du nom الله (Allah) en ﺁە (‘Ah) ou ce qui est du même genre, comme le font grand nombre de ceux qui se réclament mensongèrement des voies soufies (tariqah). L’Imam Ach-Chafi^iyy, que Allah l’agrée, a dit : « Les nouveautés concernant les pratiques sont de deux sortes : l’une d’elle est l’innovation qui contredit le Livre, la Sounnah, l’Unanimité ou la parole des compagnons. Telle est l’innovation d’égarement. La deuxième est l’innovation d’un bien qui ne contredit pas le Livre, la Sounnah ou l’Unanimité et ceci est une nouveauté qui n’est pas blâmable » [rapporté par Al-Bayhaqiyy avec une forte chaîne de transmission dans son livre Manaqibou ch-Chafi^iyy].
[1] Dans la version de Mouslim : ((من عمِل عملًا ليس عليه أمرُنا فهو رَدّ)) (man ^amila ^amalan laysa ^alayhi ‘amrouna fahouwa radd) ce qui signifie : « Si quelqu’un fait un acte qui n’est pas en accord avec notre religion, cet acte est rejeté ».
[2] L’écriture de (صلعم) après le nom du Prophète r est pire.
Croyance : Dieu fait miséricorde aux croyants
La preuve que la miséricorde de Allah concerne dans le
bas monde aussi bien les croyants que les mécréants
et qu’elle est spécifique aux croyants dans l’au-delà
Allah ta^ala fait miséricorde aux croyants et aux mécréants dans le bas-monde, Sa miséricorde les concerne tous. Tandis que dans l’au-delà, Sa miséricorde sera réservée aux croyants.
Allah ta^ala dit :
[وَرَحْمَتِي وَسِعَتْ كُلَّ شَىْءٍ فَسَأَكْتُبُهَا لِلَّذِينَ يَتَّقُونَ] [1]
(wa rahmati waci^at koulla chay’in faça’aktoubouha li l-ladhina yattaqoun) ce qui signifie : « Ma miséricorde concerne toute chose. Je la réserve dans l’au-delà à ceux qui se gardent [du chirk et de la mécréance] », c’est-à-dire que dans le bas-monde, elle concerne aussi bien le musulman que le mécréant ; et Il dit :
[فَسَأَكْتُبُهَا]
(faça’aktoubouha) ce qui signifie : « Je la réserve » c’est-à-dire dans l’au-delà.
[لِلَّذِينَ يَتَّقُونَ]
(li l-ladhina yattaqoun) ce qui signifie : « À ceux qui se gardent [du chirk et de la mécréance] », c’est-à-dire Je l’accorde exclusivement à ceux qui se gardent du chirk et des autres sortes de mécréance.
Allah ta^ala dit aussi :
]وَنَادَى أَصْحاَبُ النَّارِ أَصْحَابَ الْجَنَّةِ أَنْ أَفِيضُوا عَلَيْنَا مِنَ الْمَاءِ أَوْ مِمَّا رَزَقَكُمُ اللهُ قَالُوا إِنَّ اللهَ حَرَّمَهُمَا عَلَى الْكَافِرِينَ[2] [
(wa nada ‘as–habou n-nari ‘as–haba l-jannati ‘an ‘afidou ^alayna mina l-ma’i ‘aw mimma razaqakoumou l-Lah ; qalou ‘inna l-Laha harramahouma ^ala l-kafirin) ce qui signifie : « Les gens de l’enfer ont appelé les gens du paradis : déversez-nous de l’eau ou de ce que Allah vous a donné. Ils ont répondu : certes, Allah les interdit aux mécréants », c’est-à-dire que Allah interdit aux mécréants la nourriture qui est utile ainsi que l’eau qui étanche la soif dans l’au-delà et ce, parce qu’ils ont délaissé le devoir le plus éminent à l’égard de Allah, le devoir que rien ne remplace et qui est de croire en Allah et en Son messager.
Par ailleurs, Allah a rendu facile l’entrée en Islam, qui est la plus éminente des grâces de Allah, en prononçant les deux témoignages après avoir eu la connaissance de Allah et de Son messager. De même, Allah a rendu la mécréance facile [3]. Ainsi, une seule parole qui signifierait une moquerie ou une dépréciation à l’égard de Allah ou de Sa Loi fait sortir celui qui l’a dite de la foi et le fait tomber dans la mécréance qui est la pire des situations. En effet, quelqu’un qui se retrouve dans la mécréance vaut moins selon le jugement de Allah que les insectes et les bêtes sauvages, qu’il ait dit la mécréance en étant sérieux, en plaisantant ou en étant en colère.
Ceci a été amplement expliqué dans les livres de jurisprudence des écoles reconnues (madh-hab) qui ont jugé que celui qui profère des paroles de mécréance devient mécréant.
Allah ta^ala dit :
[إِنَّ شَرَّ الدَّوَابِّ عِنْدَ اللهِ الَّذِينَ كَفَرُوا فَهُمْ لاَ يُؤْمِنُونَ] [4]
(‘inna charra d-dawabbi ^inda l-Lahi l-ladhina kafarou fahoum la you’minoun) ce qui signifie : « Certes les pires êtres circulant sur terre selon le jugement de Allah sont ceux qui ont fait de la mécréance, ils n’ont certes pas la foi ».
[1] [souratou l-‘A^raf / 156]
[2] [souratou l-‘A^raf / 50]
[3] C’est cela la signification du hadith rapporté par Al-Boukhariyy dans son Sahih du hadith de Abou Mouça l-‘Ach^ariyy que le Messager de Allah r a dit : (al-jannatou ‘aqrabou ‘ila ‘ahadikoum min chiraki na^lihi wa n-narou mithla dhalik) dont le sens apparent qu’il ne faut pas retenir au sens propre est (que paradis serait plus proche de l’un d’entre vous que la sangle de sa sandale et de même pour l’enfer).
[4] [souratou l-‘Anfal / 55]
Croyance : ce qui va avoir lieu après la mort
La résurrection (al-ba^th)
La résurrection est une vérité. C’est la sortie des morts des tombes après la reconstitution du corps que la terre avait assimilé, s’il faisait partie des corps que la terre assimile. Ce sont les corps autres que ceux des prophètes, des martyrs du combat et de certains saints en raison de ce qui a été observé concernant certains saints et qui a été rapporté par tawatour.
Le premier pour qui la tombe s’ouvrira est notre maître Mouhammad r. Les gens de Makkah, Al-Madinah et At–Ta‘if seront parmi les premiers à être ressuscités.
Le rassemblement (al-hachr)
Le rassemblement est une vérité. C’est le regroupement des gens après la résurrection vers un lieu se trouvant sur la terre qui sera changée (al-‘ardou l-moubaddalah). Elle deviendra une terre plate comme une peau tendue, qui ne comporte ni montagnes ni vallées. Elle sera plus grande et plus étendue que la terre actuelle, blanche comme l’argent.
Les gens au rassemblement seront dans trois situations :
1 – une partie d’entre eux seront rassasiés, vêtus, montés sur des chamelles dont les mors sont en or ; ce sont les pieux.
2 – une partie d’entre eux seront pieds nus, dévêtus ; ce sont les musulmans parmi ceux qui avaient commis les grands péchés et qui sont morts sans repentir.
3 – une partie d’entre eux seront rassemblés traînés sur leur visage ; ce sont les mécréants.
L’exposition à chacun de ses actes (al-hiçab)
L’exposition à chacun de ses propres actes est une vérité. Elle aura lieu par la parole de Allah adressée aux esclaves dans leur totalité. Ils comprendront de la parole de Allah le questionnement sur ce qu’ils ont fait des bienfaits que Allah leur a accordés. Le croyant pieux se réjouira, tandis que le mécréant ne se réjouira pas car il n’aura aucune récompense au Jour du jugement, il faillira plutôt en mourir. Il a été rapporté dans le hadithsahih :
(( مَا مِنْكُمْ مِنْ أَحَدٍ إْلاَّ سَيُكَلِّمُهُ رَبُّهُ يَوْمَ الْقِيَامَةِ لَيْسَ بَيْنَهُ وَبَيْنَهُ تُرْجُمَانٍ ))
[rapporté par Ahmad et At-Tirmidhiyy] (ma minkoum min ‘ahadin ‘il-la sayoukallimouhou rabbouhou yawma l-qiyamah layça baynahou wa baynahou tourjouman) qui signifie : « Il n’y aura personne d’entre vous sans que son Seigneur ne lui parle au Jour du jugement sans aucun interprète entre Allah et lui».
La balance (al-mizan)
La balance est une vérité. Elle est comparable à la balance de ce bas-monde. Elle a un balancier, une potence et deux plateaux : un plateau pour les bonnes œuvres et un plateau pour les mauvaises œuvres. Les œuvres seront pesées avec cette balance au Jour du jugement. Seront chargés de les peser Jibril et Mika‘il. Ce sont les feuillets sur lesquels ont été inscrites les bonnes et les mauvaises œuvres qui seront pesés. Celui dont les bonnes œuvres l’emporteront sur les mauvaises sera parmi les sauvés. Celui dont les bonnes œuvres et les mauvaises seront égales sera également parmi les sauvés, toutefois son rang sera inférieur au rang des premiers, tout en étant supérieur au rang des troisièmes. Celui dont les mauvaises œuvres l’emporteront sur les bonnes sera sous la volonté de Allah. S’Il le veut, Il le châtie et s’Il le veut, Il lui pardonne.
Quant au mécréant, le plateau de ses mauvaises œuvres l’emportera toujours au Jour du jugement, car il n’aura pas de bonnes œuvres en sa faveur du fait qu’il en a été nourri dans la vie d’ici-bas.
La récompense et le châtiment
La récompense (ath-thawab) chez les gens de la vérité n’est pas un droit pour les obéissants qui serait obligatoire pour Allah. C’est plutôt une grâce de Sa part. Il s’agit des choses dont le croyant sera rétribué et qui le réjouiront dans l’au-delà.
Le châtiment (al-^iqab), son application aux désobéissants n’est pas non plus un devoir qui incomberait à Allah. Mais, c’est bien une justice de Sa part. Il s’agit de ce qui affligera l’esclave au Jour du jugement.
Il est de deux sortes : il y a un châtiment majeur et un châtiment mineur. Le châtiment majeur, c’est l’entrée en enfer ; et le châtiment mineur, c’est ce qui est en-deçà, comme la nuisance due à l’intensité de la chaleur du soleil au Jour du jugement : les mécréants y seront exposés, ils transpireront au point que la sueur de l’un d’eux parviendra jusqu’à sa bouche sans qu’elle atteigne personne d’autre, elle se limitera à lui, au point que le mécréant dira, face à la difficulté de ce qu’il endure : (Seigneur, décharge-moi de cela, quitte à me mettre en enfer). Les croyants pieux seront à ce moment-là à l’ombre du Trône (al-^arch). C’est la signification du hadith :
(( سَبْعَةٌ يُظِلُّهُمُ اللهُ فِي ظِلِّهِ ))
(sab^atoun youdhil-louhoumou l-Lahou fi dhil-lih) qui signifie : « Sept que Allah protègera à son ombre » c’est-à-dire à l’ombre du Trône.
Le pont (as–Sirat)
Le pont est une vérité. C’est un pont étendu qui surplombe l’enfer et auquel les gens parviendront. Il y a parmi eux ceux qui y parviendront pour entrer en enfer, ce sont les mécréants, ainsi que certains musulmans désobéissants, c’est-à-dire qu’ils chuteront du pont pour se retrouver en enfer ; et il y a parmi eux ceux qui l’emprunteront comme un passage, par la voie des airs en volant par-dessus le pont. Parmi ceux-là, certains passeront à la vitesse de l’éclair et d’autres en un clin d’œil. Le pont est tel que ce qui est rapporté à son sujet, en retenant le sens qui vient communément à l’esprit, sans faire de ta’wil : l’une de ses extrémités part de la Terre changée et l’autre extrémité aboutit à un endroit du côté où se trouve le paradis et par delà l’enfer. Il a été rapporté dans sa description qu’il est :
(( دَحْضٌ مَزَلَّةٌ ))
(dahdoun mazallah) ce qui signifie : « Glissant, dérapant ».
D’autre part, parmi les choses qui ont été rapportées, c’est qu’il est plus tranchant qu’une épée et plus fin qu’un cheveu, comme l’a rapporté Mouslim de Abou Sa^id Al-Khoudriyy :
(( بَلَغَنِي أَنَّهُ أَدَقُّ مِنَ الشَّعْرَةِ وَأَحَدُّ مِنَ السَّيْفِ ))
(balaghani ‘annahou ‘adaqqou mina cha^rati wa ‘ahaddou mina s-sayf) ce qui signifie : « Il m’est parvenu qu’il est plus fin qu’un cheveu et plus tranchant qu’une épée » mais cela n’a pas été rapporté en attribuant les termes au Messager de Allah [1]. La signification n’est pas celle du sens apparent, mais plutôt qu’il est extrêmement périlleux. Ainsi, la facilité ou la difficulté pour le franchir est en rapport avec les actes d’obéissance et les péchés. Nul n’en sait les limites sinon Allah. Il a été rapporté dans le hadith ayant une forte chaîne de transmission que les œuvres viendront avec les gens qui les ont accomplies. Cela signifie que leurs actes deviendront la force motrice de leur déplacement.
Le bassin (al-hawd)
Le bassin est une vérité. C’est un lieu dans lequel Allah a préparé une boisson pour les gens du paradis. Ils en boiront avant l’entrée au paradis, après la traversée du pont. Sa longueur est équivalente à une distance de marche d’un mois tout comme sa largeur. Les coupes disposées tout autour sont au nombre des étoiles dans le ciel. La boisson qui s’y trouve est plus blanche que le lait, plus sucrée que le miel et plus parfumée que l’odeur du musc.
Allah a préparé pour chaque prophète un bassin. Le plus grand bassin est celui de notre prophète Mouhammad r.
La description du paradis
Le paradis est une vérité. Il est un devoir de croire au paradis et qu’il est déjà créé actuellement, comme cela est compris du Qour’an et du hadithsûr. Il est au-dessus du septième ciel [2] et n’est pas en contact avec lui. Son toit, c’est le Trône (al-^arch). Ses habitants seront à l’image de leur père ‘Adam. Ils auront soixante coudées de long sur sept coudées d’épaisseur. Ils auront de très belles apparences, imberbes et sans poils sur le corps hormis les cheveux et les sourcils. Ils auront trente trois ans, ils y résideront éternellement sans en sortir, à jamais. Par ailleurs, le hadith dans lequel il est dit que les gens du paradis seront à l’image de leur père ‘Adam, soixante coudées de long sur sept coudées d’épaisseur est jugé Sahih, sûr.
Le Messager de Allah r a dit pour sa description :
)) هِيَ وَرَبِّ الْكَعْبَةِ نُورٌ يَتَلأْلأُ، وَرَيْحَانَةٌ تَهْتَزُّ، وَنَهْرٌ مُطَّرِدٌ، وَقَصْرٌ مَشِيدٌ، وَفَاكِهَةٌ نَضِيجَةٌ وَزَوْجَةٌ حَسْنَاءُ جَمِيلَةٌ فِي مقَامٍ أَبَدِيٍّ، وَحُبْرَةٌ، وَنضْرَةٌ ((
[rapporté par Ibnou Hibban] (hiya wa rabbi l-ka^bah nouroun yatala’la’ wa rayhanatoun tahtazz wa nahroun mouttarid wa qasroun machid wa fakihatoun kathiratoun nadijah wa zawjatoun hasna’ou jamilah wa houlaloun kathirah fi mouqamin ‘abadiyy fi houbratin wa nadrah) ce qui signifie : « Il est, par le Seigneur de la Ka^bah, lumières scintillantes, verdure abondante, fleuves coulant sans lits, palais érigés, fruits mûrs et appétissants, belle épouse dans une résidence éternelle, [il est] joie, splendeur ».
La description de l’enfer
L’enfer est une vérité. Il est un devoir de croire à l’enfer et qu’il est déjà créé actuellement, comme cela est compris du Qour’an et des hadithsûrs. C’est un lieu que Allah a préparé pour le châtiment des mécréants, un châtiment qui ne s’arrêtera jamais, et aussi pour certains musulmans désobéissants. Il est situé en-deçà de la septième terre sans qu’il soit en contact avec elle.
Allah accroîtra la taille du mécréant dans l’enfer afin que son châtiment soit plus intense, au point que l’une de ses molaires sera de la taille de la montagne de ‘Ouhoud. Il demeurera éternellement en enfer, il n’y mourra pas et n’y vivra pas c’est-à-dire qu’il n’aura pas une vie heureuse ni paisible. Il n’y sera pas nourri, sauf de dari^ [3] et sa boisson sera une eau brûlante, dont la chaleur est extrême.
En outre, la position du paradis au-dessus du septième ciel est confirmée par les hadith sûrs.Quant à celle de l’enfer en-deçà de la septième terre, Abou ^Abdi l-Lah Al-Hakim a dit dans Al-Moustadrak : « Ceci a été rapporté dans plusieurs hadithsûrs » [4].
L’intercession (ach-chafa^ah)
L’intercession est une vérité. C’est demander à autrui le bien pour autrui. Les prophètes intercéderont, ainsi que les savants qui œuvrent, les martyrs et les anges. Notre Prophète intercèdera pour les gens de sa communauté qui ont commis des grands péchés. Il a été rapporté dans le hadithsûr :
(( شَفَاعَتِي لأَهْلِ الْكَبَائِرِ مِنْ أُمَّتِي ))
(chafa^ati li ‘ahli l-kaba’iri min ‘oummati) ce qui signifie : « Mon intercession est pour les gens de ma communauté qui ont commis les grands péchés » [rapporté par Ibnou Hibban], c’est-à-dire que les musulmans en dehors de ceux qui ont commis les grands péchés, n’auront pas besoin d’intercession. Pour certains, l’intercession a lieu avant leur entrée en enfer. Pour d’autres, elle a lieu après leur entrée en enfer mais avant que se soit écoulée la période qu’ils avaient méritée d’endurer à cause de leurs péchés. Il n’y a pas d’intercession en faveur des mécréants. Allah ta^ala dit :
[وَلا يَشْفَعُونَ إلاّ لِمَنِ ارْتَضَى] [5]
(wa la yachfa^ouna ‘il-la limani r-tada) ce qui signifie : « Et ils n’intercèdent qu’en faveur de ceux qu’Il agrée ». Le premier intercesseur qui intercèdera, c’est le Prophète r.
L’âme
Il est un devoir de croire en l’âme (ar-rouh). C’est un corps impalpable dont seul Allah sait la réalité. Allah fait que d’ordinaire la vie se poursuive dans les corps des anges, des hommes, des jinn et des animaux tant que ces corps impalpables sont réunis avec le corps. La vie s’en sépare lorsque ces corps impalpables, les âmes, s’en séparent. Les âmes ont reçu l’existence, elles ont un début, elles ne sont donc pas éternelles sans commencement. Par conséquent, si quelqu’un dit (qu’elles n’ont pas de commencement, qu’elles ne sont pas créées), il devient mécréant. Il en est de même si quelqu’un dit (que les animaux n’ont pas d’âmes), comme l’a affirmé Mouhammad Moutawalli Ach-Cha^rawiyy [6]. Or ceci est un démenti du Qour’an et une dénégation de la simple observation ; Allah ta^ala dit :
[وَإِذَا الْوُحُوشُ حُشِرَتْ] [7]
(wa ‘idha l-wouhouchou houchirat) ce qui signifie : « Lorsque les animaux seront rassemblés » et le Messager de Allah r a dit :
(( لَتُؤَدَّنَّ الْحُقُوق إِلَى أَهْلِهَا يَوْمَ الْقِيَامَةِ حَتَّى يُقَادَ لِلشَّاةِ الْجَلْحَاءِ مِنَ الشَّاةِ الْقَرْنَاءِ ))
(latou’addanna l-houqouqou ‘ila ‘ahliha yawma l-qiyamah hatta youqada li ch-chati l-jalha’i mina ch-chati l-qarna’) ce qui signifie : « Les droits que certains ont sur d’autres seront réparés au Jour du jugement, même la chèvre privée de corne prendra sa revanche sur celle qui l’avait encornée » [rapporté par Mouslim].
[1] C’est-à-dire que ce n’est pas un hadith marfou^.
[2] Comme dans le hadithsûr qu’a rapporté Al-Bayhaqiyy. Et Il dit, ta^ala : [عندها جنّة المأوى] (^indaha jannatou l-ma’wa) [souratou n-Najm / 16] ce qui signifie : « Là est le paradis du refuge » , c’est-à-dire près de Sidratou l-Mountaha.
[3] C’est un arbre dont l’aspect est très laid et l’odeur est très mauvaise. Il y en a de semblable dans les pays chauds.
[4] Abou ^Abdi l-Lah Al-Hakim a cité dans son livre Al-Moustadrak qu’il y a des hadiths sûrs rapportés dans le Sahih de Al-Boukhariyy et dans le Sahih de Mouslim disant que l’enfer est en deçà de la septième terre
[5] [souratou l-‘Anbiya‘ / 28]
[6] cf. son livre Al-Fatawa, Tome 1, page 218.
[7] [souratou t-Takwir / 5]
Croyance : le châtiment de la tombe
La croyance au châtiment de la tombe,
en sa félicité et en l’interrogatoire
Allah ta^ala dit :
]النَّارُ يُعْرَضُونَ عَلَيْهَا غُدُوّاً وَعَشِيًّا وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ أدْخِلُوا ءَالَ فِرْعَوْنَ أَشَدَّ العَذَابِ[ [1]
(‘an-narou you^radouna ^alayha ghoudouwwan wa ^achiyya wa yawma taqoumou s-sa^ah ‘adkhilou ‘ala fir^awna ‘achadda l-^adhab) ce qui signifie : « Ils sont exposés au feu au matin et en fin de journée, et le jour où arrivera l’Heure, faites entrer ceux qui ont suivi Pharaon dans le plus intense châtiment », et Il dit, ta^ala :
[وَمَنْ أَعْرَضَ عَنْ ذِكْرِي فَإِنَّ لَهُ مَعِيشَةً ضَنْكاً] [2]
(wa man ‘a^rada ^an dhikri fa’inna lahou ma^ichatan danka) ce qui signifie : « Et celui qui se détourne de Mon appel, mènera certes, une vie difficile » [3].
Ces deux ‘ayah concernent le châtiment de la tombe pour les mécréants. Quant aux désobéissants parmi les musulmans, qui commettaient les grands péchés et sont morts avant de s’en repentir, ceux-là sont de deux sortes : ceux à qui Allah épargne le châtiment de la tombe et ceux qu’Il soumet à un supplice qui s’interrompt et à qui Il reporte le reste du châtiment au Jour dernier.
Voici donc ce qu’ont rapporté Al-Boukhariyy, Mouslim, At-Tirmidhiyy, Abou Dawoud et An-Naça‘iyy d’après Ibnou ^Abbas : le Messager de Allah est passé près de deux tombes, il a dit :
(( إِنَّهُمَا لَيُعَذَّبَانِ وَمَا يُعَذَّبَانِ فِي كَبِيرِ إِثْمٍ ))
(‘innahouma layou^adh-dhabani wa ma you^adh-dhabani fi kabiri ‘ithm) ce qui signifie : « Certes, ils subissent un châtiment et leur châtiment ne serait pas pour un grand péché ?… [4]» Il a poursuivit ensuite en disant :
(( بَلَى أَمَّا أَحَدُهُمَا فَكَانَ يَمْشِي باِلنَّمِيمَةِ، وَأَمَّا الآخَرُ فَكَانَ لاَ يَسْتَتِرُ مِنَ الْبَوِل ))
(bala ! ‘amma ‘ahadouhouma fakana yamchi bin-namimah, wa ‘amma l-‘akhar fakana la yastatirou mina l-bawl) ce qui signifie : « Si ! L’un des deux rapportait la parole des uns aux autres pour semer la discorde [5] tandis que l’autre se souillait avec l’urine » [6]. Ensuite, il a demandé une palme encore verte qu’il a fendue en deux et il a planté une moitié sur chacune des deux tombes. Puis il a dit :
(( لَعَلَّهُ يُخَفَّفُ عَنْهُمَا ))
(la^allahou youkhaffafou ^anhouma) ce qui signifie : « Peut-être [leur supplice] en sera-t-il allégé ».
Et sache qu’il a été confirmé dans les nouvelles rapportées sûres que l’âme retourne au corps dans la tombe, comme dans le hadithde Al-Barra‘ Ibnou ^Azib [7] qui a été rapporté par Al-Hakim, Al-Bayhaqiyy et Abou ^Ouwanah et qui a été jugé sahih par plus d’un savant et le hadithmarfou^ de Ibnou ^Abbas :
)) مَا مِنْ أَحَدٍ يَمُرُّ بِقَبْرِ أَخِيهِ الْمُؤْمِنِ كَانَ يَعْرِفُهُ فِي الدُّنْيَا فَيُسَلِّمُ عَلَيْهِ إِلاَّ عَرَفَهُ وَرَدَّ عَلَيْهِ السَّلاَمَ ((
[rapporté par Ibnou ^Abdi l-Barr et ^Abdou l-Haqq Al-‘Ichbiliyy qui lui a donné le degré de sahih] (ma min ‘ahadin yamourrou bi-qabri ‘akhihi l-mou’mini kana ya^rifouhou fi d-dounya fa-sallama ^alayhi ‘il-la ^arafahou wa radda ^alayhi s-salam) qui signifie : « Nul ne passe auprès de la tombe de son frère croyant qu’il connaissait dans le bas-monde et ne lui passe le salam sans que celui qui est mort le reconnaisse et lui rende le salam ».
Cela requiert donc que l’âme revienne à tout le corps –et c’est le sens qui vient communément à l’esprit du hadith– ou à une partie du corps.
Le retour de la vie dans la tombe est encore plus certain pour les prophètes : il a été rapporté du hadithde ‘Anas d’après le Prophète r :
(( الأَنْبِيَاءُ أَحْيَاءٌ فِي قُبُورِهِمْ يُصَلُّونَ ))
[rapporté par Al-Bayhaqiyy qui l’a jugé sahih tout comme Al-Hafidh qui l’a validé] (‘al-anbiya’ou ‘ahya’oun fi qoubourihim yousalloun) ce qui signifie : « Les prophètes sont vivants dans leurs tombes, ils accomplissent la prière ».
Aussi, Al-Boukhariyy et Mouslim ont rapporté de ‘Anas d’après le Prophète :
)) إِنَّ الْعَبْدَ إِذَا وُضِعَ فِي قَبْرِهِ وَتَوَلَّى عَنْهُ أَصْحَابُهُ إِنَّهُ لَيَسْمَعُ قَرْعَ نِعَالِهِمْ إِذَا انْصَرَفُوا أَتَاهُ مَلَكَانِ فَيُقْعِدَانِهِ فَيَقُولاَنِ :
مَا كُنْتَ تَقُولُ فِي هَذَا الرَّجُلِ مُحَمَّد ؟ فَأَمَّا الْمُؤْمِنُ فَيَقُول :
أَشْهَدُ أَنَّهُ عَبْدُ اللّهِ وَرَسُولُهُ، فَيُقَالُ لَهُ :
أُنْظُرْ إِلَى مِقْعَدْكَ مِنَ النَّارِ أَبْدَلَكَ اللّهُ بِهِ مِقْعَداً مِنَ الْجَنَّةِ، فَيَرَاهُمَا جَمِيعاً، وَأَمَّا الْكَافِرُ أَوِ الْمُنَافِقُ فَيَقُولُ :
لاَ أَدْرِي كُنْتُ أَقُولُ مَا يَقُولُ النَّاسُ فِيهِ، فَيُقَالُ : لاَ دَرَيْتَ وَلاَ تَلَيْتَ، ثُمَّ يُضْرَبُ بِمِطْرَقَةٍ مِنْ حَدِيدٍ بَيْنَ أُذُنَيْهِ فَيَصِيحُ صَيْحَةً يَسْمَعُهَا مَنْ يَلِيهِ إِلاَّ الثَّقَلَيْنِ ((
(‘inna l-^abda ‘idha woudi^a fi qabrihi wa tawalla ^anhou ‘as–habouhou wa ‘innahou layasma^ou qar^a ni^alihim ‘idha-nsarafou ‘atahou malakani fayouq^idanihi fayaqoulani : ma kounta taqoulou fi hadha r-rajouli Mouhammad ? fa’amma l-mou’minou –‘ayi l-kamil– fayaqoulou : ‘ach-hadou ‘annahou ^abdou l-Lahi wa raçoulouh, fayouqalou lahou : ‘oundhour ‘ila maq^adika mina n-nari ‘abdalaka l-Lahou bihi maq^adan mina l-jannah fayarahouma jami^a wa ‘amma l-kafirou ‘awi l-mounafiqou fayaqoulou : la ‘adri, kountou ‘aqoulou ma yaqoulou n-naçou fih, fayouqal : la darayta wa la talayt thoumma youdrabou bimitraqatin min hadidin bayna ‘oudhounayhi fayasihou sayhatan yasma^ouha man yalihi ‘il-la th-thaqalayn) ce qui signifie : « Quand l’homme est déposé dans sa tombe, et que ses compagnons le quittent, il entend le bruit de leurs semelles et lorsqu’ils se sont retirés, deux anges viennent à lui, le font asseoir et lui disent : « Que disais-tu à propos de cet homme Mouhammad ? » Ainsi le croyant dira : « Je témoigne qu’il est l’esclave de Allah et Son messager », alors on lui dira : « Regarde la place en enfer [que tu aurais eue], Allah te l’a échangée contre une place au paradis » et il les verra toutes deux. Quant au mécréant ou à l’hypocrite [8], il dira : « Je ne sais pas, je disais ce que les gens disaient de lui ». Alors on lui dira : « Tu n’as rien su et tu n’as rien dit », puis il sera frappé entre les deux oreilles avec une masse de fer et il criera d’un cri qu’entendront tous ceux qui se trouvent aux alentours sauf les hommes et les jinn ».
D’après ^Abdou l-Lah Ibnou ^Amr, le Messager de Allah r a cité les examinateurs de la tombe. ^Oumar Ibnou l-Khattab, que Allah l’agrée, a alors dit : « Est-ce que nous reprendrons conscience, Ô Messager de Allah ? » Il lui a dit :
(( نَعَمْ كَهَيْئَتِكُمْ الْيَوْمَ ))
(na^am kahay’atikoumou l-yawm) ce qui signifie : « Oui, comme vous l’êtes maintenant ». ^Oumar a alors dit : « Il ne reste plus rien à dire » [rapporté par Al-Boukhariyy].
D’après Abou Hourayrah, que Allah l’agrée, le Messager de Allah r a dit :
)) إِذَا قُبِرَ الْمَيتُ أَوِ الإِنْسَانُ أَتَاهُ مَلَكَانِ أَسْوَدَانِ أَزْرَقَانِ يُقَالُ لأَحَدِهِمَا مُنْكَرٌ وَلِلآخَرِ نَكِيرٌ، فَيَقُولاَنِ لَهُ: مَا كُنْتَ تَقُولُ فِي هَذَا الرَّجُلِ مُحَمَّد ؟ فَهُوَ قَائِلٌ مَا كَانَ يَقُولُ. فَإِنْ كَانَ مُؤْمِناً قَالَ :
هُوَ عَبْدُ اللَّهِ وَرَسُولُهُ أَشْهَدُ أَنْ لاَ إِلَهَ إِلاَّ اللَّهُ وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّداً عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ. فَيَقُولاَنِ لَهُ : إِنْ كُنَّا لَنَعْلَمُ أَنَّكَ لَتَقُولُ ذَلِكَ، ثُمَّ يُفْسَحُ لَهُ فِي قَبْرِهِ سَبْعُونَ ذِرَاعاً فِي سَبْعِينَ ذِرَاعاً ، وَيُنَوَّرُ لَهُ فِيهِ ، فَيُقَالُ لَهُ : نَمْ، فَيَنَامُ كَنَوْمِ الْعَرُوسِ الَّذِي لاَ يُوقِظُهُ إِلاَّ أَحَبُّ أَهْلِهِ حَتَّى يَبْعَثَهُ اللَّهُ مِنْ مَضْجَعِهِ ذَلِكَ. فَإِنْ كَانَ مُنَافِقاً قَالَ : لاَ أَدْرِي، كُنْتُ أَسْمَعُ النَّاسَ يَقُولُونَ شَيْئاً فَكُنْتُ أَقُولُهُ. فَيَقُولاَنِ لَهُ :
إِنْ كُنَّا لَنَعْلَمُ أَنَّكَ تَقُولُ ذَلِكَ، ثُمَّ يُقَالُ لِلأَرْضِ الْتَئِمِي فَتَلْتَئْمُ عَلَيْهِ حَتَّى تَخْتَلِفَ أَضْلاَعُهُ فَلاَ يَزَالُ مُعَذَّباً حَتَّى يَبْعَثَهُ اللَّهُ تَعَالىَ مِنْ مَضْجَعِهِ ذَلِك ((
[rapporté par Ibnou Hibban] (‘idha qoubira l-mayyitou ‘awi l-‘insanou ‘atahou malakani ‘aswadani ‘azraqani youqalou li’ahadihima Mounkaroun wa lil-‘akhari Nakiroun fayaqoulani lahou : ma kounta taqoulou fi hadha r-rajouli Mouhammad ? fahouwa qa’iloun ma kana yaqoul : fa’in kana mou’minan qala : houwa ^abdou l-Lahi wa raçoulouhou ‘ach-hadou ‘an la ‘ilaha ‘il-la l-Lahou wa ‘ach-hadou ‘anna Mouhammadan ^abdouhou wa raçoulouh fayaqoulani lahou : ‘in kounna lana^lamou ‘annaka lataqoulou dhalik ; thoumma youfsahou lahou fi qabrihi sab^ina dhira^an fi sab^ina dhira^an wa younawwarou lahou fih ; fayouqalou lahou : nam ; fayanamou kanawmi l-^arouçi l-ladhi la youqidhouhou ‘il-la ‘ahabbou ‘ahlihi hatta yab^athahou l-Lahou min madja^ihi dhalik ; fa’in kana mounafiqan qala : la ‘adri kountou ‘asma^ou n-naça yaqoulouna chay’an fakountou ‘aqoulouh ; fayaqoulani lahou : ‘in kounna lana^lamou ‘annaka taqoulou dhalik ; thoumma youqalou lil-‘ardi l-ta’imi fatalta’imou ^alayhi hatta takhtalifa ‘adla^ouhou fala yazalou mou^adh-dhaban hatta yab^athahou l-Lahou ta^ala min madja^ihi dhalik) ce qui signifie : « Quand le mort ou l’homme est enterré, viennent à lui deux anges bleu-noir, l’un s’appelle Mounkar et l’autre Nakir, et qui lui disent : « Que disais-tu de cet homme Mouhammad ? » Il dit alors ce qu’il disait [auparavant] ; s’il était croyant [accompli], il dit : « C’est l’esclave de Allah et Son messager, je témoigne qu’il n’est de dieu que Allah et je témoigne que Mouhammad est Son esclave et Son messager ». Les anges lui disent : « Certes nous savions que tu dirais cela », puis sa tombe est élargie de soixante-dix coudées sur soixante-dix coudées [9] et illuminée pour lui. Puis on lui dit : « Dors », alors il dort du sommeil du marié qui ne sera réveillé que par l’être le plus cher de sa famille, jusqu’à ce que Allah le ressuscite de cette couche. S’il était hypocrite, il dit : « Je ne sais pas. J’entendais les gens dire quelque chose et je disais comme eux ». Ils lui disent : « Certes, nous savions que tu dirais cela » [10]. Puis, il est dit à la terre de se refermer et elle se referme sur lui jusqu’à ce que ses côtes s’entremêlent. Il reste dans le châtiment jusqu’à ce que Allah ta^ala le ressuscite de cette couche ».
Ces deux hadithont été rapportés par Ibnou Hibban qui les a jugés sûrs. Dans le premier, il y a confirmation du retour de l’âme au corps et de la perception sensorielle dans la tombe. Dans le deuxième, il y a confirmation de la présence de l’âme dans la tombe et la confirmation du sommeil et ce, tant que le corps n’est pas anéanti.
Cette félicité sera pour le croyant fort, celui qui se sera acquitté des obligations et gardé des péchés. C’est celui à propos duquel le Messager de Allah r a dit :
(( الدُّنْيَا سِجْنُ الْمُؤْمِنِ وَسَنَتُهُ، فَإِذَا فَارَقَ الدُّنْيَا فَارَقَ السِّجْنَ وَالسَّنَةَ ))
[rapporté par Ibnou Hibban qui l’a jugé sûr] (ad-dounya sijnou l-mou’mini wa sanatouh fa’idha faraqa d-dounya faraqa s-sijna wa s-sanah) ce qui signifie : « Le bas-monde est la prison du croyant et sa demeure de la faim et des épreuves. Ainsi, lorsqu’il quitte le bas-monde, il a quitté la prison et sa demeure de la faim et des épreuves », il s’agit ici du croyant complet.
Ensuite, lorsque tout le corps est désintégré et qu’il ne reste que le petit os appelé ^oujbou dh-dhanab [11], l’âme du croyant pieux va au paradis. Les âmes des désobéissants musulmans, ceux qui commettaient les grands péchés et sont morts sans repentir, après la désintégration du corps, leurs âmes vont dans l’espace compris entre le ciel et la terre et certaines dans le premier ciel. Les âmes des mécréants, après la désintégration du corps vont à Sijjin qui est un endroit sur la terre la plus basse c’est-à-dire la septième terre. Quant aux martyrs, leurs âmes montent directement au paradis.
Avertissement :
Les prophètes, les martyrs du combat ainsi que les enfants ne sont pas concernés par l’interrogatoire.
Si quelqu’un dit : comment est-il possible d’interroger un si grand nombre de morts ?
La réponse se trouve dans la parole de Al-Halimiyy : « Ce qui est le plus apparent, c’est que les anges de l’interrogatoire représentent un groupe nombreux, certains sont appelés Mounkar et d’autres Nakir. Ainsi, deux d’entre eux sont envoyés à chaque mort ».
Le jugement de celui qui renie
le châtiment de la tombe
Celui qui renie le châtiment de la tombe devient mécréant, conformément à Sa parole ta^ala :
]النَّارُ يُعْرَضُونَ عَلَيْهَا غُدُوّاً وَعَشِيًّا وَيَوْمَ تَقُومُ السَّاعَةُ أدْخِلُوا ءَالَ فِرْعَوْنَ أَشَدَّ العَذَابِ[ [12]
(‘an-narou you^radouna ^alayha ghoudouwwan wa ^achiyya wa yawma taqoumou s-sa^atou ‘adkhilou ‘ala fir^awna ‘achadda l-^adhab) ce qui signifie : « Ils sont exposés au feu matin et soir et le jour où arrivera l’Heure [du jugement], faites entrer ceux qui ont suivi Pharaon dans le plus intense châtiment ». Contrairement à celui qui renie l’interrogatoire de la tombe, dans ce cas il ne devient pas mécréant sauf s’il le fait par entêtement.
[1] [souratou l-Mou’min / 46]
[2] [souratou Taha / 124]
[3] Ce qui est visé par « une vie difficile » c’est le châtiment dans la tombe, c’est-à-dire leur état dans le barzakh –la période après la mort et avant la résurrection–.
[4] c’est-à-dire : « ils subissent un châtiment pour quelque chose qui ne paraît pas très grave aux gens ».
[5] C’est ce qu’on appelle la namimah. Elle consiste à dire à quelqu’un : (Untel a dit telle et telle chose sur toi) et à dire à cet autre (Untel a dit telle et telle chose sur toi), ceci afin de semer la discorde entre eux.
[6] Le Messager de Allah a dit : (( استنزهوا من البول فإنّ عامّة عذاب القبر منه )) (‘istanzihou mina l-bawl fa’inna ^amata ^adhabi l-qabri minh) [rapporté par Ad-Daraqoutniyy du hadith de Abou Hourayrah] ce qui signifie : « Préservez-vous [vos corps et vos vêtements] de l’urine car certes c’est la cause la plus fréquente du châtiment de la tombe ».
[7] C’est un hadith long, dans lequel il est cité : ((ويعاد الرّوح إلى الجسد)) (wa you^adou r-rouhou ‘ila l-jaçad) ce qui signifie « et l’âme est ramenée au corps ».
[8] c’est-à-dire le mécréant déclaré et le mécréant qui laisse paraître l’Islam alors qu’au fond il n’est pas musulman, soit à cause du doute qu’il a concernant la véracité de l’Islam ou bien comme faisaient certains en laissant penser qu’ils étaient musulmans lorsqu’ils étaient devant le Prophète et en disant du mal de lui lorsqu’ils se retrouvaient entre eux.
[9] C’est-à-dire sa longueur est de soixante-dix coudées, tout comme sa largeur. Il s’agit de la coudée qui vaut deux empans.
[10] La question des deux anges au mécréant « man rabbouk » (qui est ton seigneur ?) alors qu’ils savent qu’il dirait « je ne sais pas » c’est qu’ils savent qu’il ne dirait pas cette parole par croyance mais par stupeur, il la dira par lapsus tellement il est terrifié, sans contrôler sa langue.
[11] Ce petit os ne se désintègre pas même s’il est soumis à un feu très puissant. Il est de la taille d’un grain de moutarde. Il a été rapporté à son sujet dans un hadith sahih « minhou khouliqa l-‘insan wa ^alayhi yourakkab » c’est-à-dire que tous les autres os sont montés sur ce petit os.
[12] [souratou l-Mou’min / 46]
Croyance : Les Prophètes, les Messagers et les miracles
La prophétie
La prophétie (an-noubouwwah) tire sa racine de (an-naba’), c’est-à-dire la nouvelle, car la prophétie est une transmission de la part de Allah ; ou bien de (an-nabwah) qui est l’élévation. Ainsi, selon la première racine, le prophète (an-nabiyy) est celui qui fait l’action, dans le sens qu’il nous informe de la part de Allah conformément à ce qui lui est révélé ; ou bien selon la deuxième racine, il est celui qui est sujet à l’action, dans le sens qu’il est informé de la part de Allah, c’est-à-dire que l’ange l’informe de la part de Allah [1]. La prophétie est donc possible selon la raison, elle n’est pas impossible.
Allah ta^ala a envoyé les prophètes par miséricorde pour Ses esclaves car il n’y a pas, selon la raison, ce qui permet de se passer d’eux. En effet, la raison ne parvient pas à elle seule à connaître les choses qui peuvent sauver dans l’au-delà. Par conséquent, il y a dans l’envoi des prophètes une utilité indispensable pour suffire au besoin dans ce domaine, et la grâce revient à Allah pour l’avoir accordé à Ses esclaves. Ce sont donc des ambassadeurs de Sa part, ta^ala, auprès des créatures.
La différence entre les prophètes et les messagers
Sache que le prophète et le messager ont en commun la révélation. Allah leur révèle donc à tous deux une Loi de l’Islam, conformément à laquelle ils agissent, pour la transmettre aux gens.
Toutefois, le messager vient avec l’abrogation de certaines lois antérieures à son envoi ou avec une nouvelle Loi.
Le prophète qui n’est pas messager, il lui est révélé de suivre la Loi de l’Islam d’un messager précédent pour la transmettre.
Pour cela, les savants ont dit : « Tout messager est aussi prophète alors que tout prophète n’est pas forcément messager ».
De plus, ils se différencient par le fait que le statut de messager peut être attribué aux anges et aux êtres humains, alors que la simple prophétie, ne peut l’être que pour les humains.
Les attributs obligatoires des prophètes
et ce qui est impossible à leur sujet
Les prophètes ont obligatoirement pour attribut la véracité, il leur est impossible le mensonge. Il leur est obligatoire aussi l’extrême intelligence et il est impossible à leur sujet l’idiotie et la stupidité. Il leur est obligatoire l’honnêteté. Par conséquent, les prophètes sont préservés de la mécréance, des grands péchés et des petits péchés de bassesse et c’est cela la préservation qui leur est obligatoire. De même, la traîtrise est impossible à leur sujet. D’autre part, la chasteté est obligatoire à leur sujet ; la vulgarité, la bassesse et la lâcheté sont donc impossibles les concernant. Est impossible également les concernant tout ce qui peut repousser l’acceptation de leur appel et de même toute maladie repoussante.
Par conséquent, celui qui leur attribue le mensonge, la traîtrise, la vulgarité, la bassesse, la lâcheté ou ce qui est de cet ordre, est certes devenu mécréant.
Le miracle
Sache que le moyen de connaître le prophète, c’est le miracle. C’est une chose contraire à l’ordinaire, qui vient en accord avec les dires de celui qui dit être prophète et qui est sauf de l’opposition par quoi que ce soit de semblable.
Ce qui fait partie des choses étonnantes mais qui ne sort pas de l’ordinaire n’est donc pas un miracle.
De même, tout ce qui est contraire à l’ordinaire mais qui n’est pas accompagné de la prétention à la prophétie, comme les choses extraordinaires qui apparaissent aux mains des saints [2], eux qui suivent les prophètes, ce n’est pas un miracle mais on appelle cela prodige [3].
De même, la chose à laquelle on peut opposer une chose semblable, comme la magie, n’est pas un miracle. En effet, il est possible que soit opposée à la magie une magie qui lui est équivalente.
De plus, il y a deux sortes de miracles :
Il y a le miracle qui a lieu à la demande des gens, demande faite à celui qui dit être prophète.
Il y a aussi le miracle qui a lieu sans demande des gens.
De la première sorte, il y a par exemple le miracle de la chamelle de Salih qui est sortie du rocher. Son peuple le lui avait demandé en lui disant : si tu es vraiment un prophète envoyé à nous pour que nous croyions en toi, alors fais nous sortir une chamelle et son petit de ce rocher. Il avait alors fait sortir pour eux une chamelle avec son petit. Ils en furent stupéfaits et ils crurent en lui.
Certes, s’il avait été menteur dans son affirmation que Allah l’a envoyé en tant que messager, il n’aurait pas pu produire cette chose étonnante et extraordinaire, à laquelle personne parmi les gens ne peut opposer quoi que ce soit de semblable. La preuve leur a ainsi été donnée.
Ils ne pouvaient faire autrement que se soumettre et en reconnaître la véracité car la raison oblige à croire celui qui vient avec une telle chose, à laquelle ne peut être opposé quoi que ce soit de semblable de la part des opposants.
Par conséquent, quelqu’un qui ne se soumet pas et s’entête est considéré comme méprisant la valeur de l’argumentation rationnelle.
Quelques miracles qui se sont produits
à ceux qui ont précédé Mouhammad r
Parmi les exemples de miracles qui ont eu lieu pour ceux qui ont précédé Mouhammad r, il y a l’absence d’effet du feu gigantesque sur ‘Ibrahim r puisqu’il ne l’a pas brûlé, ni lui ni ses habits.
Parmi ces exemples, il y a également la transformation du bâton de Mouça en un véritable serpent, puis son retour à son état initial après la reconnaissance des magiciens que Pharaon (Fir^awn) avait amenés pour le contrecarrer. Ils se sont soumis, ont cru fermement en Allah, et ont abandonné leur foi en Pharaon. Ils ont reconnu à Mouça sa véracité en ce qu’il avait apporté.
Parmi ces exemples encore, il y a la résurrection des morts qui a eu lieu pour le Macih ^Iça –Jésus– fils de Maryam. Cela aussi il n’avait pu lui être opposé quoi que ce soit de semblable. Ainsi, les mécréants des fils de ‘Isra’il, eux qui brûlaient d’ardeur à le démentir et s’acharnaient à le calomnier, n’ont pas pu opposer à ce miracle quoi que ce soit de semblable.
Jésus est également venu avec un autre miracle stupéfiant, éminent, qui est la guérison de l’aveugle de naissance. Aucun de ses contemporains n’avait rien pu lui opposer de semblable, bien que la médecine fût très répandue à cette époque.
Ceci est donc une preuve de sa véracité en tout ce qu’il a porté à la connaissance des gens concernant le devoir d’adorer Celui Qui crée Lui seul, sans rien adorer d’autre que Lui, et le devoir de le suivre, lui le messager, dans les œuvres qu’il leur ordonnait d’accomplir.
Parmi ses miracles r
1 – Quant à Mouhammad r, il y a parmi ses miracles, que Allah l’élève davantage en degrés ainsi que tous ses frères prophètes, le gémissement du tronc. Le Prophète r s’appuyait contre le tronc d’un palmier dans sa mosquée avant qu’on lui fabriquât une chaire (minbar). Lorsqu’on la lui construisit, il monta dessus r et commença son discours, debout sur le minbar. C’est alors que le tronc se mit à gémir, au point que tous ceux qui étaient dans la mosquée entendirent son gémissement. Le Messager de Allah r est alors descendu et l’étreignit, c’est-à-dire le prit contre lui et l’enserra de ses bras, alors il s’est tu.
2 – Il y a parmi ses miracles r, la glossolalie des animaux –le fait qu’ils ont parlé. L’Imam Ahmad et Al-Bayhaqiyy avec une forte chaîne de transmission ont rapporté du hadith de Ya^la Ibnou Mourrah Ath-Thaqafiyy, qu’il a dit : Tandis que nous marchions avec le Prophète r, un chameau affecté au transport de l’eau est passé à côté de nous. Lorsqu’il l’a vu, le chameau a blatéré et a baissé l’avant de son cou. Le Prophète r s’est arrêté à son côté et a dit :
(( أَيْنَ صَاحِبُ هَذَا الْبَعِيرِ ؟ ))
(‘ayna sahibou hadha l-ba^ir) ce qui signifie : « Où est le propriétaire de ce chameau ? » Le propriétaire est alors venu. Le Prophète lui a dit :
(( بِعْنِيهُ ))
(bi^nih) ce qui signifie : « Vends-le moi… ». Il lui a dit : « Nous te le donnons Ô Messager de Allah et il appartient à une famille qui n’a pas d’autre moyen de vivre que lui ». Le Prophète r lui dit :
(( أَمَّا مَا ذَكَرْتَ مِنْ أَمْرِهِ فَإِنَّهُ شَكَا كَثْرَةَ الْعَمَلِ وَقِلَّةَ الْعَلَفِ فَأَحْسِنُوا إِلَيْهِ ))
(‘amma ma dhakarta min ‘amrihi fa’innahou chaka kathrata l-^amali wa qil-lata l-^alafi fa’ahsinou ‘ilayh) ce qui signifie : « Par rapport à ce que tu as dit à son propos, il s’est plaint du trop de travail et du peu de foin, alors traitez-le bien ».
3 – Ibnou Chahin a rapporté dans Dala‘ilou n-Noubouwwah de ^Abdou l-Lah Ibnou Ja^far qu’il a dit : Le Messager de Allah me portait un jour derrière lui sur sa monture. Il pénétra dans le jardin d’un homme des ‘ansar à Médine où se trouvait un chameau. Lorsqu’il vit le Prophète r, ce chameau gémit de tendresse et ses larmes ont coulé. Le Prophète r alla vers lui et lui essuya les larmes, il s’est alors calmé. Le Prophète a dit :
(( مَنْ رَبُّ هَذَا الْجَمَل ؟ ))
(man rabbou hadha l-jamal) ce qui signifie : « Qui est le propriétaire de ce chameau ? » Un jeune des ‘ansar vint alors et dit : Il est à moi. Alors, il lui dit :
)) أَلاَ تَتَّقِي اللهَ فِي هَذِهِ الْبَهِيمَةِ الَّتِي مَلَّكَكَ اللهُ إِيَّاهَا فَإِنَّهُ شَكَا إِلَيَّ أَنَّكَ تُجِيعُهُ وَتُدْئِبُهُ ((
(‘ala tattaqi l-Laha fi hadhihi l-bahimati l-lati mallakaka l-Lahou ‘iyyaha ! fa’innahou chaka ‘ilayya ‘annaka touji^ouhou wa toud’ibouh) ce qui signifie : « Ne crains-tu pas Allah concernant cette bête dont Allah t’a fait propriétaire. Elle s’est plainte à moi du fait que tu l’affames et la fatigues ».
Ce hadith est sûr, comme l’a dit le Mouhaddith Mourtada Az–Zabidiyy dans Charhou ‘Ihya‘i ^Ouloumi d-Din.
4 – Parmi ses miracles, il y a le jaillissement de l’eau d’entre ses doigts, chose éminente qui a été observée en plusieurs occasions, en présence d’assemblées nombreuses. Ceci nous est parvenu par plusieurs voies dont l’ensemble entraîne la connaissance catégorique, celle qui est acquise par tawatour ma^nawiyy [4]. Ce miracle n’est arrivé à personne d’autre qu’à notre Prophète puisque de l’eau a jailli de ses os, de ses ligaments, de sa chair et de son sang. Ceci est bien plus éminent que le jaillissement de l’eau de la roche que Mouça frappait de son bâton, car le jaillissement d’eau à partir d’un rocher est une chose commune, contrairement à son jaillissement à partir de la chair et du sang. Ceci a été rapporté par Jabir, ‘Anas, Ibnou Mas^oud, Ibnou ^Abbas, Abou Layla Al-‘Ansariyy et Abou Rafi^.
5 – Les deux Chaykh –Al-Boukhariyy et Mouslim– ont rapporté du hadith de ‘Anas sa parole : « J’ai vu le Messager de Allah r alors que le temps de la prière du ^asr avait débuté, il avait demandé de l’eau pour le woudou’ mais les gens n’en avaient pas trouvé. C’est alors qu’on apporta au Messager de Allah r un récipient d’eau pour le woudou’ dans lequel il mit sa main et il dit aux gens de faire leur woudou’ avec cette eau. J’ai vu alors l’eau jaillir d’entre ses doigts. Les gens ont fait leur woudou’ jusqu’au dernier d’entre eux ». Dans une version de Al-Boukhariyy, celui qui rapporte a dit à ‘Anas : « Combien étiez-vous ? ». Il lui a dit : « Trois cents ».
6 – Al-Boukhariyy et Mouslim ont rapporté du hadith de Jabir également : « Les gens eurent soif le jour de Al-Houdaybiyah alors que le Messager de Allah r avait devant lui un petit récipient à partir duquel il faisait le woudou’. Les gens l’assaillirent. Il leur dit :
)) ما لكم((
(ma lakoum ?) ce qui signifie : « Qu’avez-vous ? ». Ils lui dirent : Ô Messager de Allah, nous n’avons plus de quoi faire le woudou’, ni de quoi boire mis à part ce que tu as devant toi. Alors Il mit sa main dans le récipient et l’eau se mit à jaillir comme les sources. C’est ainsi que nous bumes et fîmes le woudou’. On demanda : combien étiez-vous ? Il a dit : si nous avions été cent mille, cela nous aurait suffi ; nous étions quinze cents ».
Le fait est que l’eau a jailli d’à même la chair qui se trouve sur les doigts. C’est explicitement ce qu’a dit An-Nawawiyy dans le Commentaire de Mouslim et ceci est appuyé par la parole de Jabir : « J’ai vu l’eau qui sortait », et dans une autre version : « qui jaillissait d’entre ses doigts ».
7 – Parmi ses miracles : la remise en place de l’œil de Qatadah après qu’il fut arraché.
Al-Bayhaqiyy, dans Ad-Dala‘il, a rapporté de Qatadah Ibnou n-Nou^man que son œil fut blessé le jour de la bataille de Badr. Le globe de son œil pendait sur sa joue. Les gens voulurent alors le lui sectionner. Ils demandèrent donc la permission au Messager de Allah. Il leur dit :
(( لا ))
(la) ce qui signifie : « non ». Il demanda qu’on le fasse venir à lui et il remit le globe oculaire en place avec la paume de sa main de sorte que par la suite, Qatadah ne distinguait plus lequel de ses deux yeux avait été blessé. Fin de citation
À propos de ces deux miracles, l’un des compositeurs d’éloges a dit en poésie :
Si Mouça a abreuvé les tribus des fils de ‘Isra‘il à partir de la pierre
Il y a dans la main une signification qui n’est pas dans la pierre
Si ^Iça a guéri l’aveugle de naissance par son invocation
Combien par sa paume ont été rendues de visions
8 – Il y a parmi ses miracles : la nourriture qui disait soubhana l-Lah (tasbih) dans sa main. Al-Boukhariyy a rapporté du hadith de Ibnou Mas^oud qui a dit : « Nous mangions avec le Prophète r et nous entendions le tasbih de la nourriture ».
Ces trois miracles sont plus étonnants que de ressusciter les morts, qui est l’un des miracles du Macih ^Iça fils de Maryam.
9 – Et parmi ses miracles r :
Le voyage nocturne (al-‘isra‘)
et l’ascension (al-mi^raj)
Le Voyage nocturne (al-‘isra‘) est confirmé par le texte du Qour’an et du hadith sahih. Il est un devoir de croire que Allah l’a fait voyager r en une partie de la nuit, de Makkah à la mosquée Al-‘Aqsa [5].
Quant à l’Ascension (al-mi^raj), elle a été confirmée par le texte du hadith. Mais dans le Qour’an, il n’y a pas de texte explicite y faisant référence qui n’admette aucun ta’wil [6]. Il y a cependant à son sujet ce qui constitue un texte quasi explicite [7].
Ainsi, le voyage nocturne (al-‘isra‘) a été cité dans Sa parole ta^ala :
]سُبْحَانَ الَّذِي أَسْرَى بِعَبْدِهِ لَيْلاً مِنَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ إِلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى الَّذِي بَارَكْنَا حَوْلَهُ لِنُرِيَهُ مِنْ آيَاتِنَا[ [8]
(soubhana l-ladhi ‘asra bi^abdihi laylan mina l-masjidi l-harami ‘ila l-masjidi l-‘aqsa l-ladhi barakna hawlahou linouriyahou min ‘ayatina) qui signifie : « Il est exempt de toute imperfection Celui Qui a fait voyager Son esclave une partie de la nuit, de la mosquée Al-Haram à la mosquée Al-‘Aqsa dont Nous avons béni les alentours, pour lui montrer certaines des grandes manifestations de Notre toute-puissance ».
Si quelqu’un dit (que Sa parole ta^ala :
[وَلَقَدْ رَآهُ نَزْلَةً أُخْرَى عِنْدَ سِدْرَةِ الْمُنْتَهَى عِنْدَهَا جَنَّةُ الْمَأْوَى] [9]
(wa laqad ra’ahou nazlatan ‘oukhra) qui signifie : « Et certes, il l’a vu une seconde fois » peut admettre que ce soit une vision dans le rêve), nous répondons : ceci est un ta’wil et il ne sied pas de faire le ta’wil d’un texte s’il n’y a pour le faire ni un argument rationnel catégorique, ni un texte rapporté et confirmé qui soit une preuve pour le faire, conformément à ce qu’a dit Ar-Raziyy dans Al-Mahsoul et d’autres que lui parmi les savants de la science des fondements. Dans le cas présent, Il n’y a pas de tels arguments pour faire ce ta’wil.
Mouslim a rapporté d’après Anas Ibnou Malik, que Allah l’agrée, que le Messager de Allah r a dit :
)) أُتِيتُ بِالْبُرَاقِ وَهُوَ دَابَّةٌ أَبْيَضُ طَوِيلٌ فَوْقَ الْحِمَارِ وَدُونَ الْبَغلِ يَضَعُ حَافِرَهُ عِنْدَ مُنْتَهَى طَرفِهِ فَرَكِبْتُهُ حَتَّى أَتَيْتُ بَيْتَ الْمَقْدِسِ فَرَبَطْتُهُ بِالْحَلقَةِ الَّتِي يَرْبِطُ بِهَا الأَنْبِيَاءُ. ثُمَّ دَخَلْتُ الْمَسْجِدَ فَصَلَّيْتُ فِيهِ رَكْعَتَيْنِ ثُمَّ خَرَجْتُ فَجَاءَنِي جِبْرِيلُ عَلَيْهِ السَّلاَمُ بِإِنَاءٍ مِنْ خَمْرٍ وَإِنَاءٍ مِنْ لَبَنٍ فَاخْتَرْتُ اللَّبَنَ. فَقَالَ جِبْرِيلُ عَلَيْهِ السَّلاَمُ :
اخْتَرْتَ الْفِطْرَةَ. ثُمَّ عَرَجَ بَنَا إِلىَ السَّمَاءِ((…
(‘outitou bi l-bouraq wahouwa dabbatoun ’abyadou tawiloun fawqa l-himari wa douna l-baghli yada^ou hafirahou ^inda mountaha tarfihi, qala : farakibtouhou hatta ‘ataytou bayta l-maqdis farabattouhou bi l-hilqati l-lati yarbitou biha l-‘anbiya’, qala : thoumma dakhaltou l-masjida fasallaytou fihi rak^atayni thoumma kharajtou faja’ani Jibrilou ^alayhi s-salamou bi’ina’in min khamrin wa ‘ina’in min labanin fakhtartou l-labana faqala Jibrilou ^alayhi s-salam : ‘ikhtarta l-fitrah ; qala : thoumma ^araja bina ‘ila s-sama’…) ce qui signifie : « On m’a amené le bouraq qui est une bête blanche haute, de taille intermédiaire entre l’âne et le mulet et qui pose son sabot à l’extrémité de ce que sa vue atteint. Je l’ai montée jusqu’à arriver à Baytou l-Maqdis –Jérusalem– et je l’ai attachée à l’anneau auquel les prophètes attachent leur monture. Il a dit : Ensuite, je suis entré dans la mosquée où j’ai accompli deux rak^ah et je suis sorti. Jibril ^alayhi s-salam m’a présenté un récipient contenant du khamr [du paradis, qui n’enivre pas] et un autre contenant du lait. J’ai choisi le lait. Jibril ^alayhi s-salam m’a dit : tu as choisi de t’attacher à la religion. Il a dit : Puis, il nous a fait monter au ciel… » jusqu’à la fin du hadith.
De plus, dans ce hadith, il y a une preuve que le Voyage nocturne et l’Ascension ont eu lieu dans une même nuit, par son âme et son corps, à l’état d’éveil puisque personne n’a dit qu’il est arrivé à Baytou l-Maqdis puis qu’il s’est endormi.
La vision qu’a eue le Messager de Son Seigneur
par son cœur et non par ses yeux durant cette nuit
At–Tabaraniyy a rapporté dans son Mou^jamou l-‘Awsat, avec une forte chaîne de transmission d’après ^Abdou l-Lah fils de Al-^Abbas, que Allah les agrée tous deux, qu’il a dit : « Mouhammad a vu son Seigneur par deux fois ».
De même, Ibnou Khouzaymah a rapporté avec une forte chaîne de transmission : « Mouhammad a vu son Seigneur ».
Ce qui est visé est qu’il L’a vu avec son cœur, pour preuve le hadith de Mouslim citant la parole de Ibnou ^Abbas, rapportée par Abou l-^Aliyah, à propos de Sa parole ta^ala :
[مَا كَذَبَ الْفُؤَادُ مَا رَأَى أَفَتُمَارُونَهُ عَلَى مَا يَرَى وَلَقَدْ رَآهُ نَزْلَةً أُخْرَى] [10]
x(ma kadhaba l-fou’adou ma ra’a ‘afatoumarounahou ^ala ma yara wa laqad ra’ahou nazlatan ‘oukhra) ce qui signifie : « Le cœur n’a pas menti en ce qu’il a vu. Lui contestez-vous donc ce qu’il voit ? Il L’a pourtant vu aussi en une autre occasion ». Il a dit : « Il a vu son Seigneur par son cœur deux fois ».
Avertissement :
Al-Ghazaliyy a dit : « La vérité, c’est que le Prophète n’a pas vu son Seigneur la nuit de l’Ascension ». Ce qu’il vise, c’est qu’il ne L’a pas vu avec ses yeux. En effet, il n’a pas été confirmé que le Prophète r ait dit qu’il L’a vu avec ses yeux ni qu’un des compagnons, des successeurs ou de leurs successeurs ait dit : (Il L’a vu avec ses yeux).
Le fait que le miracle est une preuve
de la véracité du Prophète r
L’arrivée d’une chose extraordinaire, qui apparaît aux mains de ceux qui disent être prophètes, qui répond à un défi et ne peut se voir opposer quoi que ce soit de semblable, est du même ordre que si Allah disait :
(صَدَقَ عَبْدِي فِي كُلِّ مَا يُبَلِّغُ عَنِّي)
(sadaqa ^abdi fi koulli ma youballighou ^anni) ce qui signifie : « Mon esclave est véridique en tout ce qu’il transmet de Ma part », c’est-à-dire que s’il n’avait pas été véridique dans ses dires, Allah ne lui aurait pas fait apparaître ce miracle. C’est donc comme si Allah ta^ala disait : « Mon esclave, celui-là même qui dit être prophète est véridique dans ce qu’il dit, car Je lui fais apparaître ce miracle ». En effet, celui qui déclare qu’un menteur est véridique est lui-même un menteur et s’agissant de Allah, le mensonge est impossible. Ceci prouve donc que Allah lui crée ce miracle pour manifester sa véracité, étant donné que toute personne raisonnable sait que le retour des morts à la vie, la transformation d’un bâton en véritable serpent et la sortie d’une chamelle d’une roche compacte ne sont pas des choses ordinaires.
Le moyen de connaître le miracle
de façon formelle et avec certitude
La connaissance du miracle a lieu par l’observation, pour ceux qui l’ont vu et, par l’arrivée de la nouvelle par tawatour à ceux qui ne l’ont pas vu. Ceci est comparable à notre connaissance des pays éloignés et des événements historiques indubitables qui sont arrivés à ceux qui nous ont précédés, relatifs par exemple aux rois et aux communautés antérieures. La nouvelle transmise par tawatour tient lieu d’observation. Il est donc obligatoire selon la raison de croire en celui à qui le miracle est arrivé, tout comme cela est obligatoire selon la Loi de l’Islam.
[1] Que l’on sache que c’est Jibril qui descend avec la révélation aux prophètes la plupart du temps mais c’est parfois un autre ange. La révélation a lieu soit par l’intermédiaire d’un ange, ou par l’audition de la parole de Allah exempte de début, ou par ce qui parvient directement au cœur du Prophète r (‘ifadah).
[2] waliyy de Allah
[3] Le miracle s’appelle mou^jizah et le prodige s’appelle karamah.
[4] C’est-à-dire que le sens de cette nouvelle est parvenu par tawatour mais qu’ils ne l’ont pas transmise avec exactement les mêmes termes.
[5] Les gens de vérité, qu’ils soient du Salaf ou du Khalaf, spécialistes du hadith et spécialistes des fondements, exégètes et savants, ont été unanimes sur le fait que le Voyage nocturne a eu lieu avec le corps et l’âme et à l’état d’éveil.
[6] C’est-à-dire par une autre explication que le sens qui vient communément à l’esprit.
[7] Il y a dans le Qour’an ce qui indique le Mi^raj mais ce n’est pas un texte explicite, tel que Sa parole ta^ala : (walaqad ra’ahou nazlatan ‘oukhra ^inda sidrati l-mountaha ^indaha jannatou l-ma’wa). Si quelqu’un a compris que Sidratou l-mountaha se trouve dans le ciel et qu’il renie malgré cela le Mi^raj, il aura mécru. Quant à celui qui ne le sait pas et qui ne le comprend pas du Qour’an, il n’a pas fait de mécréance.
[8] [souratou l-‘Isra‘ / 1]
[9] [souratou n-Najm / 14-15-16]
[10] [souratou n-Najm / 12-13-14]
Croyance : Histoire de RaHmah fille de Ibraahiim
La démonstration que les causes ordinaires n’ont pas d’effet en réalité, et que Celui Qui crée l’effet en réalité, c’est Allah.
Al-Hakim dans son Tarikh [1] a dit : J’ai entendu Abou Zakariyya Yahya Ibnou Mouhammad Al-‘Anbariyy dire : J’ai entendu Abou ^Iça Ibnou Mouhammad Ibnou ^Iça At–Tahmaniyy Al-Marwarroudhiyy dire : « Certes, Allah tabaraka wa ta^ala manifeste ce qu’Il veut s’Il le veut comme signe [2] et leçons de morale au sein de Ses créatures. Il ajoute ainsi à l’Islam honneur et force et Il appuie ce qu’Il a révélé de guidée et de preuves claires. Il fait apparaître les preuves de la véracité de la prophétie et Il éclaire la signification du message. Il renforce les liens de l’Islam [3] et confirme les réalités de la foi à Ses saints, par une grâce accordée de Sa part, en prodiguant un surcroît de preuves en leur faveur et contre celui qui s’est entêté à ne pas Lui obéir et a délaissé la religion qu’Il agrée. Certes, celui qui ira à sa perte le sera après avoir eu les preuves et celui qui sera sauvé le sera après avoir eu les preuves. À Lui les louanges, il n’est de dieu que Lui, Celui Qui a les arguments majeurs, la gloire dominatrice et le mérite éclatant. Que Allah honore et élève davantage le degré de notre maître Mouhammad, le Prophète de la miséricorde et le Messager de la bonne voie. À sa famille pure la préservation de ce qu’il craint pour elle et la miséricorde de Allah et Ses bénédictions.
Certes, voilà ce dont nous avons été témoin oculaire, ce que nous avons vu à notre époque et dont nous nous sommes assurés. Ceci a fait accroître notre certitude dans notre religion et notre foi en la vérité avec laquelle est venu notre Prophète r et à laquelle il a appelé et a incité concernant le jihad et le mérite des martyrs et ce qu’il a porté à notre connaissance de la part de Allah ^azza wa jall à leur propos. Allah jalla thana‘ouh dit :
[وَلاَ تَحْسَبَنَّ الَّذِينَ قُتِلُوا ِفي سَبِيلِ اللهِ أَمْوَاتاً بَلْ أَحْيَاءٌ عِنْدَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ فَرِحِينَ] [4]
(wa la tahçabanna l-ladhina qoutilou fi sabili l-Lahi ‘amwatan bal ‘ahya’oun ^inda rabbihim yourzaqouna farihin) ce qui signifie : « Ne crois pas que ceux qui ont été tués dans la voie que Allah agrée sont morts actuellement. Ils sont vivants : leurs âmes sont en un lieu honoré par Allah, ils sont pourvus et sont heureux ». J’ai traversé en l’an deux cent trente huit l’une des villes de Khouwarizm qui s’appelle Hazarasb, elle se trouve à l’ouest de la rivière Jayhoun [5]. Elle est à une distance d’une demi-journée de la grande ville. On m’avait informé qu’il s’y trouvait une femme, veuve d’un martyr, qui avait vu dans le rêve qu’elle avait été comme nourrie de quelque chose. Depuis, elle ne mangeait plus rien et ne buvait plus rien depuis le règne de Abou l-^Abbas Ibnou Tahir le gouverneur de Khouraçan qui était mort depuis huit ans, que Allah l’agrée. Ensuite, je suis passé par cette ville en l’an deux cent quarante deux, je l’ai vue à cette occasion et elle m’a raconté son histoire mais je ne me suis pas informé davantage en raison de mon jeune âge. Par la suite, je suis retourné à Khouwarizm à la fin de l’an deux cent cinquante deux et je l’ai vue encore vivante. J’ai aussi constaté que son histoire s’était répandue et était très connue. Cette ville est sur le chemin des caravanes et nombreux étaient ceux qui y descendaient. Lorsqu’ils entendaient son histoire, ils voulaient la voir. Pas un homme, une femme ou un enfant qu’ils interrogeaient à son sujet qui ne la connût et ne la leur montrât. Lorsque je suis parvenu dans cette région, j’ai demandé à la voir. J’ai su qu’elle s’était absentée, à plusieurs farsakh de là. J’ai suivi sa trace de village en village et je l’ai rejointe entre deux villages, elle marchait d’un bon pas. C’était une femme d’âge moyen, de grande taille, en bonne santé, les joues colorées, intelligente. Elle m’a accompagné à pied alors que j’étais sur ma monture. Je lui ai proposé une monture mais elle ne l’a pas montée et elle a marché avec moi vigoureusement.
Auparavant, certains commerçants et autres grands agriculteurs avaient assisté à mes assemblées. Parmi eux, il y avait un faqih nommé Mouhammad Ibnou Hamdawayh Al-Harithiyy, Mouça Ibnou Haroun Al-Bazzar à Makkah a écrit à son propos : « Un homme mûr, persévérant dans l’accomplissement des adorations et rapportant le hadith ». Il y avait aussi un jeune homme de bien appelé ^Abdou l-Lah Ibnou ^Abdi r-Rahman qui jugeait entre les plaignants de sa région. Je les avais interrogés sur cette femme. Ils ont fait son éloge et ont dit du bien d’elle. Ils ont dit que son cas était clair pour eux, il n’y avait pas de divergence entre eux à son sujet. Celui qui s’appelle ^Abdou l-Lah Ibnou ^Abdi r-Rahman a dit : « J’entends son histoire depuis mon jeune âge. J’ai grandi et les gens se transmettaient son histoire. Je me suis dégagé de mes occupations et j’ai entrepris des recherches à son sujet. Je n’ai vu d’elle que du bien. Je n’ai pas trouvé de mensonge dans ce qu’elle disait, ni de ruse pour frauder ». Il a aussi cité que des gens parmi ceux que le Sultan avait délégués dans les alentours de Khouwarizm l’avaient retenue enfermée par le passé un, deux mois et plus dans une maison. Ils fermaient les issues et chargeaient quelqu’un de la surveiller. Ils ne la voyaient ni manger, ni boire et ne trouvaient avec elle ni traces d’urine, ni de selles. Ils avaient dès lors agit en bien avec elle, lui donnant des vêtements et l’avaient relâchée. Lorsque tous les gens du pays l’ont crue, je lui ai demandé de me raconter son histoire. Je lui ai demandé son nom et toute son affaire.
Elle a dit que son nom est Rahmah Bintou ‘Ibrahim. Elle avait un époux menuisier et pauvre. Sa subsistance lui provenait du travail de ses mains au jour le jour. Il n’avait pas plus que ce qui suffisait pour la subsistance de sa famille. Elle lui avait donné plusieurs enfants. Al-‘Aqta^, le roi des mécréants était venu un jour jusqu’au village. Il avait traversé la rivière lorsqu’elle était gelée à la tête d’environ trois mille cavaliers. Les gens de Khouwarizm l’appellent Kasra. Abou l-^Abbas a dit : cet homme, Al-‘Aqta^, était un mécréant, perpétrant de grandes injustices, il avait beaucoup d’animosité envers les musulmans. Il avait fait beaucoup de mal aux habitants des régions frontalières avec les mécréants. Il avait harcelé les gens de Khouwarizm par les captures, les tueries et les attaques. Les gouverneurs de Khouraçan le traitaient avec une certaine délicatesse, lui et ses semblables, les notables parmi les non-arabes, pour faire cesser leurs attaques contre les sujets et empêcher de faire couler le sang des musulmans. Ils envoyaient donc à chacun d’eux des biens, de nombreux présents et différentes sortes de vêtements prestigieux. Mais ce mécréant, une année, fut mécontent de la part du Sultan. Je n’en connais pas la raison, était-ce parce qu’il avait trouvé que les cadeaux tardaient à venir ou parce qu’il avait trouvé que ce qu’on lui avait offert avait moins de valeur que ce qu’on avait offert à d’autres rois parmi ses semblables. Il est alors venu avec ses soldats et a barré les routes. Il a ravagé, corrompu, tué et mutilé les cadavres. Les cavaleries de Khouwarizm n’ont pas pu le contenir. La nouvelle de ses agissements parvint à Abou l-^Abbas ^Abdou l-Lah Ibnou Tahir, que Allah lui fasse miséricorde. Il a levé contre lui quatre chefs d’armées : Tahir Ibnou ‘Ibrahim Ibnou Malik, Ya^qoub Ibnou Mansour Ibnou Talhah, Mikal Mawla Tahir et Haroun Al-^Arid.
Il a aussi fourni le pays en soldats et en armes qu’il a placés aux quatre coins du pays, chacun dans un quart. Ils ont réussi à protéger les femmes et les enfants par la volonté de Allah ta^ala. Cependant, le fleuve Jayhoun qui se trouve en amont de la rivière Balkh a gelé lorsque le froid s’est accru. Ce fleuve est très grand et sa crue est dévastatrice et très étendue. Lorsqu’il s’élargit, sa largeur atteint environ un farsakh et lorsqu’il gèle, il devient ferme. On ne peut atteindre l’eau que si on creuse, comme on creuserait les puits dans la roche. J’ai vu l’épaisseur de la glace atteindre dix empans. On m’a informé que dans le passé, elle dépassait vingt empans. Et lorsqu’il gèle, la glace sert de pont aux gens du pays de sorte que les soldats, les chariots et les caravanes peuvent circuler dessus. La liaison se fait entre les deux berges. Cette situation peut durer cent vingt jours et si une année, le froid est moins rude, cela dure de soixante-dix jours à trois mois.
La femme a dit : le mécréant traversa avec ses cavaliers jusqu’aux portes de la forteresse. Les gens s’étaient barricadés et avaient rassemblé leurs biens. Ils emmenèrent les musulmans et leur firent du mal. Les gens de la région furent pris à l’intérieur et voulurent sortir. Le chargé du gouverneur les empêcha de sortir tant que les renforts du Sultan n’étaient pas encore parvenus jusqu’à eux et que les volontaires n’étaient pas arrivés. Un groupe de jeunes gens et d‘hommes jeunes s’avancèrent et se rapprochèrent des remparts avec ce qu’ils avaient pu prendre d’armes. Lorsqu’ils se retrouvèrent à l’extérieur, les mécréants les attaquèrent et les musulmans se regroupèrent dans un petit bois. Ils s’y protégèrent et prirent une barricade derrière laquelle ils combattirent. Ils se retrouvèrent ainsi isolés de la forteresse et les renforts étaient encore loin. Ils combattirent de toutes leurs forces et ne lâchèrent pas jusqu’à ce que cordes et arcs fussent cassés. Ils furent atteints par la fatigue, la faim et la soif. La plupart d’entre eux furent tués et le restant atteints de graves blessures. À la tombée de la nuit, les deux groupes se séparèrent.
La femme a dit : Les feux avaient été allumés en signal du haut des tours dès que le mécréant avait traversé. La nouvelle était alors arrivée à Al-Jourjaniyyah qui est une ville immense à l’extrémité de Khouwarizm. Mikal Mawla Tahir y campait avec son armée. Il avait alors accouru en renfort par égard à l’émir Abou l-^Abbas ^Abdou l-Lah Ibnou Tahir, que Allah lui fasse miséricorde. Il avait parcouru jusqu’à Hazarasb, en un jour et une nuit, quarante farsakh des farsakh de Khouwarizm qui valent beaucoup plus que les farsakh de Khouraçan. Les mécréants s’apprêtaient à en finir avec les gens du bois. C’est alors qu’ils ont vu s’élever les drapeaux noirs et ont entendu le bruit des tambours. Ils ont alors fuit et laissé ces gens-là. Mikal est alors arrivé sur le lieu de la bataille, il enterra les morts et transporta les blessés.
La femme a dit : cette après-midi là, on amena à la forteresse environ quatre cents morts. Il n’y eut pas une maison à laquelle on ne portât un tué. La catastrophe était générale et toute la région était en pleurs. Elle a dit : mon époux fut déposé chez moi, tué. J’ai pleuré et ressenti une extrême tristesse telle que ressent la jeune femme pour la perte de son mari, le père de ses enfants, et nous avions des enfants. Elle a dit : les femmes de mes proches et des voisines se sont réunies pour m’aider à supporter ma tristesse. Les enfants étaient venus, ils étaient jeunes, ils ne réalisaient pas ce qui était arrivé. Ils demandaient du pain et je n’en avais pas. Je me suis sentie gênée. C’est alors que j’ai entendu l’appel à la prière du maghrib. Je me suis alors levée pour la prière et j’ai accompli ce que mon Seigneur m’ordonne. Je me suis prosternée et j’ai invoqué et j’ai supplié Allah ta^ala et je lui ai demandé qu’Il m’accorde la patience et qu’Il subvienne aux besoins de mes enfants orphelins. Le sommeil m’a prise dans ma prosternation et je me suis vue comme si j’étais sur une terre très belle, rocheuse et je cherchais mon mari. Un homme m’a alors appelée : où vas-tu femme libre ? Je lui ai répondu : je cherche mon mari. Il m’a dit : prends à droite. J’eus alors devant moi une terre étendue, bien arrosée, verdoyante. Je vis des palais et des édifices que je ne pourrais décrire. Je n’ai jamais rien vu de semblable. Il y avait aussi des rivières qui coulaient sur la surface du sol, sans lit profond ni berges. Je suis arrivée auprès de gens assis en ronds, habillés de vêtements verts, la lumière rayonnant d’eux. Ils étaient ceux qui avaient été tués dans la bataille, en train de manger autour de plats servis à portée de mains. Je me suis mise à marcher parmi eux, à les dévisager pour trouver mon mari. C’est lui qui m’aperçut. Il m’a appelée : Rahmah ! J’ai suivi la provenance de la voix et je l’ai trouvé dans le même état que les autres martyrs que j’avais vus : son visage était comme la lune une nuit de pleine lune. Il mangeait avec des compagnons à lui qui s’étaient faits tués ce jour-là avec lui. Il a dit à ses compagnons : cette pauvre femme est affamée depuis ce jour, est-ce que vous permettez que je lui donne quelque chose à manger ? Ils l’ont autorisé. Il m’a donné un morceau de pain. Elle a dit : et je savais à cet instant que c’était du pain mais je ne savais pas comment il avait été préparé. Il était plus blanc que la neige et le lait et plus sucré que le miel et le sucre et plus tendre que le beurre et le saman [6]. Je l’ai mangé. Lorsqu’il parvint dans mon estomac, il m’a dit : va, Allah te suffit à ta nourriture et à ta boisson tant que tu seras encore vivante dans le bas-monde. Je me suis alors réveillée de mon sommeil, rassasiée, sans soif, je n’avais pas besoin de nourriture ni de boisson. Je ne les ai plus goûtés depuis ce jour-là et jusqu’à aujourd’hui, pas une seule chose que les gens consomment.
Abou l-^Abbas a dit : et elle venait à nous alors que nous mangions, elle se mettait de côté et se bouchait le nez en disant que l’odeur de la nourriture la gênait. Je lui ai demandé : est-ce que tu manges quelque chose ou tu bois autre chose que de l’eau ? Elle a dit : non. Je lui ai demandé : est-ce qu’il sort de toi des gaz ou autre, comme il en sort des gens ? Elle a dit : rien ne sort depuis cette époque. Je lui dit alors : et les menstrues ? Je pense qu’elle a dit : elles se sont arrêtées avec l’arrêt de la nourriture. Je lui ai dit : n’éprouves-tu pas le besoin qu’ont les femmes pour les hommes ? Elle a dit : n’as-tu pas honte de me poser pareille question ? Je lui dit alors : peut-être parlerai-je aux gens de toi, il est indispensable que je demande. Elle a dit : je n’ai pas de besoin. Je lui ai dit : est-ce que tu dors ? Elle a dit : oui, du meilleur des sommeils. Je lui ai dit : que vois-tu dans ton sommeil ? Elle a dit : comme ce que vous voyez. Je lui ai dit : éprouves-tu de la gêne à cause de la perte de la nourriture ? Elle a dit : je n’ai pas ressenti de faim depuis que j’ai mangé de cette nourriture. Elle acceptait l’aumône. Je lui ai dit : que fais-tu avec ? Elle a dit : je m’habille et j’habille mes enfants. Je lui ai dit : ressens-tu le froid, es-tu affectée par la chaleur ? Elle a dit : oui. Je lui ai dit : éprouves-tu de la fatigue lorsque tu marches ? Elle a dit : oui, ne suis-je pas un être humain ?! Je lui ai dit : fais-tu le woudou’ pour la prière ? Elle a dit : oui. Je lui ai dit : pourquoi ? Elle a dit : les savants me l’ont ordonné. Je me suis dit : ils lui ont donné l’avis de jurisprudence d’après le hadith :
(( لاَ وُضُوءَ إِلاَّ مِنْ حَدَثٍ أَوْ نَوْمٍ ))
(la woudou‘a ‘il-la min hadathin ‘aw nawm) qui signifie : « Pas de woudou’ sinon à la suite d’un hadath ou d’un sommeil ». Elle m’a dit que son ventre collait à son dos. J’ai alors demandé à l’une de nos femmes qui a ainsi regardé –c’est-à-dire ailleurs que la zone de pudeur–. Elle a trouvé que son ventre était comme elle l’avait décrit. Elle avait pris un sac, l’avait bourré de coton et le tenait sur son ventre pour que son dos ne se casse pas lorsqu’elle marche. Ensuite, j’allais et venais à Hazarasb tous les deux ou trois ans et je la trouvais. Je lui posais à nouveau les mêmes questions. Elle n’ajoutait rien ni ne diminuait. J’ai parlé d’elle à ^Abdou l-Lah Ibnou ^Abdi r-Rahman le Faqih. Il a dit : j’ai entendu ces paroles depuis mon plus jeune âge. Je n’ai trouvé personne qui l’ait accusée de mensonge ou qui prétende qu’il a entendu qu’elle mange ou qu’elle boit ou qu’elle va aux toilettes ». Fin de citation.
Cette histoire montre qu’il n’y a pas de lien obligatoire selon la raison entre l’absence de nourriture et la maladie, la perte de la santé et la dégradation physique. De même pour toutes les causes ordinaires, il est valable selon la raison que leurs conséquences ne se produisent pas. Et elle montre que les choses sont selon la volonté de Allah ta^ala et que les martyrs ont une vie dans le temps qui sépare la mort de la résurrection [7]. Il est exempt d’imperfection Celui Qui est tout-puissant sur toute chose.
Avertissement important
Quelqu’un qui ignorerait de ce que nous avons cité parmi les fondements de la croyance n’est pas excusé. Il n’est pas non plus excusé pour ce qui l’aurait fait tomber dans la mécréance suite à son manque d’attention à l’égard de la religion.
Si l’ignorance dispensait de rendre des comptes, l’ignorance serait meilleure que la connaissance et ceci est contraire à Sa parole ta^ala :
[قُلْ هَلْ يَسْتَوِي الَّذِينَ يَعْلَمُونَ وَالَّذِينَ لاَ يَعْلَمُون] [8]
(qoul hal yastawi l-ladhina ya^lamouna wa l-ladhina la ya^lamoun) qui signifie : « Dis : sont-ils égaux ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? ». Sauf que celui qui est récemment entré en Islam ou dont la situation est analogue ne devient pas mécréant en reniant l’obligation de la prière ou l’interdiction de consommer les boissons alcoolisées ou ce qui est semblable s’il n’avait pas entendu auparavant que cela fait partie de la religion de l’Islam.
La première obligation à l’égard des membres de sa propre famille, c’est de leur enseigner les bases de la croyance pour qu’ils ne tombent pas dans la mécréance par leur ignorance de la croyance. S’ils croient que Allah est un corps, rayonnant de lumière et blanc et qu’ils persistent là-dessus après la puberté puis meurent ainsi, ils entreront en enfer pour y rester éternellement, sans fin, en conséquence de leur mauvaise croyance.
Al-Foudayl Ibnou ^Iyad a dit : « Ne sois pas trompé par le grand nombre de gens allant à leur perte ». Cette ignorance des sujets de la croyance, est-ce le résultat qu’on attend de l’amour des gens pour leurs enfants ?!
Allah ta^ala dit :
[وَمَا خَلَقْتُ الْجِنَّ وَالإِنْسَ إِلاَّ لِيَعْبُدُونِ] [9]
(wa ma khalaqtou l-jinna wa l-‘insa ‘il-la liya^boudoun). Il est parvenu dans l’exégèse de cette ‘ayah qu’elle signifie que Allah ne crée les jinn et les hommes que pour leur ordonner de L’adorer.
Ainsi, après que nous est parvenue la bonne guidée en la personne du Messager r et après que les preuves nous ont été présentées, nous n’avons plus d’excuse. Allah ta^ala dit :
[وَمَا كُنَّا مُعَذِّبِينَ حَتَّى نَبْعَثَ رَسُولاً] [10]
(wa ma kounna mou^adh-dhibina hatta nab^atha raçoula) ce qui signifie : « Nous ne châtions qu’après avoir envoyé un messager ».
[1] C’est-à-dire Al-Hakim l’auteur de Al-Moustadrak à propos de l’histoire de Nayçabour.
[2] Comme « ‘ayah » c’est-à-dire comme signes qui indiquent la véracité de l’Islam et « comme leçons de morale » c’est-à-dire dont on comprend la force de la croyance en l’Islam.
[3] Tels les nœuds d’une corde.
[4] [souratou ‘Ali ^Imran / 169]
[5] L’Amoudaria
[6] le beurre de conserve fondu
[7] Cette période s’appelle le barzakh.
[8] [souratou z–Zoumar / 9]
[9] [souratou dh-Dhariyat / 56]
[10] [souratou l-‘Isra‘ / 15]
Croyance : Preuves selon la raison de l’unicité de Dieu
La classification des choses en quatre catégories
Les choses [1] se classent en quatre catégories :
La première : la chose que Allah veut et qu’Il ordonne : c’est la croyance des croyants et l’obéissance de ceux qui obéissent.
La deuxième : la chose que Allah veut et qu’Il n’ordonne pas : c’est la désobéissance de ceux qui désobéissent et la mécréance des mécréants.
Toutefois, Allah n’agrée pas la mécréance. Bien qu’Il la crée par Sa volonté, Il ne l’agrée pas pour Ses esclaves.
Allah ta^ala dit :
[وَلاَ يَرْضَى لِعِبَادِهِ الْكُفْرَ] [2]
(wa la yarda li^ibadihi l-koufr) ce qui signifie : « Et Il n’agrée pas la mécréance pour Ses esclaves ».
La troisième : quelque chose que Allah ne veut pas et qu’Il ordonne : c’est la croyance concernant les mécréants, ceux que Allah sait qu’ils mourront sur la mécréance. Ils ont l’ordre d’avoir la foi mais Il ne la veut pas pour eux.
La quatrième : quelque chose qu’Il ne veut pas de toute éternité et qu’Il n’ordonne pas : c’est la mécréance concernant les prophètes et les anges.
Quant à celui qui croit fermement au Qour’an honoré, qu’il s’arrête à Sa parole ta^ala :
[لاَ يُسْأَلُ عَمَّا يَفْعَلُ وَهُمْ يُسْأَلُونَ] [3]
(la yous’alou ^amma yaf^alou wa houm yous’aloun) qui signifie : « Il n’est pas interrogé sur ce qu’Il fait mais ce sont eux qui seront interrogés ».
Par conséquent, on ne dit pas (comment châtie–t-Il ceux qui désobéissent pour les péchés qu’Il veut qu’ils commettent ?).
La croyance en l’unicité (tawhid) de Allah dans Son acte
On rapporte de Al-Jounayd, l’Imam des soufis connaisseurs, lorsqu’il fut interrogé sur la croyance en l’unicité qu’il a dit : (Al-yaqin) –la certitude. Puis lorsqu’on lui demanda des explications sur sa signification, il a répondu : « [La certitude] qu’il n’est de créateur pour la moindre chose, qu’elle soit substance ou acte, que Allah ta^ala ».
Allah ta^ala dit :
[وَاللهُ خَلَقَكُمْ وَمَا تَعْمَلُونَ] [4]
(wa l-Lahou khalaqakoum wa ma ta^maloun) ce qui signifie : « Allah vous crée ainsi que vos actes ».
Le Messager r a dit :
(( إِنَّ اللهَ صَانِعُ كُلِّ صَانِعٍ وَصَنْعَتِهِ ))
[rapporté par Al-Hakim, Al-Bayhaqiyy et Ibnou Hibban du hadith de Houdhayfah] (‘inna l-Laha sani^ou koulli sani^in wa san^atih) ce qui signifie : « Certes, Allah est Celui Qui crée tout esclave et tout ce qu’il fait ».
Les esclaves ne créent rien de leurs actes, mais ils les acquièrent. Allah ta^ala dit :
[اللهُ خَالِقُ كُلِّ شَىْءٍ] [5]
(Allahou khaliqou koulli chay’) ce qui signifie : « Allah est Celui Qui crée toute chose ». Allah fait Son propre éloge ta^ala par cette ‘ayah car c’est une chose qui Lui est spécifique ; et cette formulation entraîne la généralisation à l’ensemble des substances, des actes, des mouvements et des immobilités.
Allah ta^ala dit :
]قُلْ إِنَّ صَلَاتِي وَنُسُكِي وَمَحْيَايَ وَمَمَاتِي لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ لَا شَرِيكَ لَهُ وَبِذَلِكَ أُمِرْتُ وَأَنَا أَوَّلُ الْمُسْلِمِينَ[ [6]
(qoul ‘inna salati wa nouçouki wa mahyaya wa mamati li l-Lahi rabbi l-^alamin la charika lahou wabidhalika ‘oumirtou wa’ana ‘awwalou l-mouslimin) ce qui signifie : « Dis : mes prières, mes sacrifices rituels, ma vie et ma mort appartiennent à Allah le Seigneur des mondes ».
Allah évoque la prière, les sacrifices par recherche de Son agrément, la vie et la mort dans un seul et même contexte et Il nous apprend qu’ils Lui appartiennent. Tout comme Allah est Celui Qui crée la vie et la mort, Il est aussi Celui Qui crée les actes volontaires comme la prière et les sacrifices rituels et les actes involontaires à plus forte raison.
Les actes volontaires que nous réalisons en ayant un penchant pour les faire ne se distinguent que par le fait qu’ils sont acquis pour nous ; ils sont donc sujets à notre responsabilité [7].
L’acquisition (al-kasb), qui est l’œuvre de l’esclave et en fonction de laquelle l’esclave sera récompensé ou châtié dans l’au-delà, c’est que l’esclave oriente son intention et sa volonté vers un acte, c’est-à-dire qu’il emploie sa capacité pour le faire, et que Allah le crée à cet instant-là [8].
Par conséquent, l’esclave est celui qui acquiert son œuvre et Allah ta^ala est Celui Qui crée l’œuvre de cet esclave dont elle constitue son acquis (kasb). Ceci est une des questions de cette science qui requiert le plus de réflexion. Allah ta^ala dit :
[لهَاَ مَا كَسَبَتْ وَعَلَيْهَا مَا اكْتَسَبَتْ] [9]
(laha ma kaçabat wa ^alayha ma ktaçabat) ce qui signifie : « La personne a en sa faveur le bien qu’elle aura acquis et contre elle le mal qu’elle aura acquis ».
L’homme n’est donc pas contraint car la contrainte contredirait la responsabilité [10]. Telle est la voie des gens de la vérité, qui est étrangère au fatalisme et au dualisme, c’est-à-dire à la voie des jabriyyah et celle des qadariyyah [11].
Devient mécréant celui qui dit que l’esclave crée ses actes, comme les mou^tazilah, tout comme l’a dit Ibnou ^Abbas, que Allah l’agrée : « Les paroles des qadariyyah sont de la mécréance », et les qadariyyah sont les mou^tazilah.
Abou Youçouf [12] a dit : « Les mou^tazilah sont des zanadiqah » [13].
Abou Mansour At-Tamimiyy les a décrits dans son livre Al-Farqou Bayna l-Firaq comme étant des mouchrikoun –des gens qui adorent autre que Allah, des mécréants. Il est à savoir que Abou Mansour est celui à propos duquel Ibnou Hajar Al-Haytamiyy a dit cette parole : « Et le grand Imam, l’Imam de nos compagnons Abou Mansour Al-Baghdadiyy a dit […] ». D’autre part, il est de ceux auprès de qui Al-Bayhaqiyy a pris les hadith.
Ne sois pas abusé par l’absence de déclaration de mécréance à l’encontre des mou^tazilah de la part de certains savants relativement récents. Le maître Abou Mansour At-Tamimiyy a rapporté des différents Imams, dans son livre ‘Ousoulou d-Din et aussi dans son livre Tafsirou l-‘Asma‘i wa s–Sifat, qu’ils les ont déclarés mécréants.
L’Imam Al-Baghdadiyy a dit dans son livre Tafsirou l l-‘Asma‘i wa s–Sifat [14] : « Nos compagnons ont été unanimes à juger mécréants les mou^tazilah », c’est-à-dire ceux qui disent (que l’esclave créerait les actes qu’il fait de son propre choix) et de même ceux qui disent (qu’il serait un devoir pour Allah de faire ce qui est le mieux pour les esclaves).
Lorsqu’il dit : « nos compagnons », cela signifie les ‘ach^ariyy et les chafi^iyy car Al-Baghdadiyy était ‘ach^ariyy et chafi^iyy. Plus encore, il était parmi les plus grands chafi^iyy, comme l’a dit Ibnou Hajar qui est un Imam de très haut rang dans la transmission, connu pour cela chez les savants du fiqh, chez les spécialistes de la croyance musulmane et chez les historiens qui ont écrit au sujet des groupes déviants. Celui qui veut s’en assurer davantage, qu’il lise ses livres cités plus haut. On ne réfute pas ce qu’il rapporte –Al-Baghdadiyy– par les propos de Al-Bajouriyy ou de l’un de ses semblables antérieurs à son époque ou plus récent.
Quant aux paroles de certains précurseurs des mou^tazilah, qui n’ont pas été déclarés mécréants, elles sont expliquées de manière similaire à la parole de Bichr Al-Mariciyy et de Al-Ma’moun Al-^Abbaciyy. Bichr était d’accord avec eux sur leur parole (que le Qour’an serait créé) [15] mais il les a jugés mécréants pour leur parole concernant la création par l’homme de ses actes. Ainsi, on ne juge pas tous ceux qui se réclament de l’i^tizal –la doctrine des mou^tazilah– d’un seul et même jugement ; néanmoins, chaque individu d’entre eux est jugé égaré.
La preuve rationnelle de la perversion de la parole
des mou^tazilah selon laquelle l’esclave crée ses actes
Les gens de la vérité ont dit :
« Il est impossible que l’esclave crée ses actes du fait que la toute-puissance [16] de Allah ta^alas’exerce sur toute créature, et que Sa volonté et Sa science concerne toute chose ».
La démonstration de la preuve que leur parole est inepte, c’est que la toute-puissance de Allah concerne toute les créatures, de même que Sa science et Sa volonté concernent toutes choses. Le rapport de Sa toute-puissance aux différentes possibilités rationnelles est le même quelles qu’elles soient [17].
En effet, l’existence d’une possibilité rationnelle n’a besoin que de Celui Qui a la toute-puissance, du point de vue qu’elle est possible selon la raison et que son existence a un début [18].
Par conséquent, si Ses attributs cités plus haut ne concernaient que certaines possibilités rationnelles, il faudrait alors Lui attribuer, ta^ala, l’opposé de ces attributs-là, l’ignorance et l’incapacité. Or ceci est une imperfection et l’imperfection est impossible Le concernant [19]. La spécification des ces attributs impliquerait l’existence d’un être qui les spécifierait, et le fait que la spécification de cet être s’exercerait sur Celui Dont l’existence est obligatoire ainsi que sur Ses attributs et ceci est impossible. Il donc a été confirmé que Ses attributs concernent toute chose.
Par conséquent, si Allah ta^ala voulait faire exister quelque chose alors qu’un esclave voudrait l’opposé, et que la volonté de l’esclave se réalisait aux dépens de la volonté de Allah, ceci impliquerait l’impossibilité implicite concernant la confirmation de deux dieux. Or la pluralité des dieux est une impossibilité démontrée par la preuve rationnelle et ce qui conduit à une impossibilité est en soi impossible [20].
[1] Certaines choses existent, elles sont appelées (chay’), et certaines éventualités ne sont pas des choses qui existent et n’ont pas d’existence, elles sont appelées (‘amr) et non pas (chay’). (Ach-chay’) c’est ce qui existe.
[2] [souratou z–Zoumar / 7]
[3] [souratou l-‘Anbiya‘ / 23]
[4] [souratou s–Saffat / 96]
[5] [souratou r-Ra^d / 16]
[6] [souratou l-‘An^am / 162]
[7] c’est-à-dire que ce sont les actes au sujet desquels l’esclave rendra compte de les avoir faits. Pour le bien, il sera récompensé et pour le mal, il sera affligé.
[8] Les actes involontaires ne sont pas sujets à notre responsabilité mais nous serons interrogés sur nos actes volontaires. Quant aux malheurs qui touchent le croyant, tels que les maladies et autre comme le décès d’un proche, nous en serons récompensés ; c’est par eux que les péchés sont pardonnés et que les degrés sont augmentés. La maladie en elle-même n’est pas un acte volontaire mais c’est la patience qui est volontaire.
[9] [souratou l-Baqarah / 286]
[10] Cela signifie qu’il n’est pas privé de choix, car s’il était ainsi, c’est-à-dire contraint, il ne serait pas responsable.
[11] Les jabriyyah disent (que l’homme est contraint tout comme la plume suspendue dans les airs) et les qadariyyah disent (que l’homme crée ses propres actes). Quant aux gens de ‘Ahlou s-Sounnah, ils ne suivent ni ceux-là ni ces autres, ils sont dans le juste milieu, entre les deux.
[12] Abou Youçouf Al-Qadi était un compagnon de Abou Hanifah, celui qui avait le plus de science parmi ses élèves. Il était juge à l’époque de Haroun Ar-Rachid.
[13] Le zindiq est celui qui n’a pas de religion et qui dit (nous mangeons, nous buvons et nous vivons). Les mou^tazilah sont donc semblables à eux. (zanadiqah) est le pluriel de (zindiq).
[14] Ce livre est très rare. Il en existe deux ou trois copies manuscrites dans certaines bibliothèques.
[15] Al-Ma’moun Al-^Abbaciyy n’a pas été déclaré mécréant car il ne comprenait pas de ce propos que la parole de Allah qui est Son attribut serait créé. En effet, si les gens de son époque avaient su cela de lui, ils l’auraient déclaré mécréant.
[16] C’est-à-dire du fait même que Sa puissance concerne toute chose.
[17] C’est-à-dire que Son rapport à nos corps et Son rapport à nos actes est le même.
[18] Si l’on nous dit : l’existence d’une chose qui est possible selon la raison, comment a-t-elle besoin de Celui Qui a la divinité ? On répond : N’est-ce pas du fait même qu’elle est possible rationnellement, elle a une existence ayant un début, et que tout ce qui a un début a besoin de Qui le fait exister ? N’est-ce pas que de ce point de vue-là, elle a besoin de Allah ? Donc, tout ce qui est possible selon la raison est concerné par la puissance de Allah et Allah est ainsi Celui Qui crée tout existant dont l’existence est possible selon la raison. Or nos actes font partie de ce qui est possible selon la raison. Si on leur dit maintenant : nos actes, nos mouvements et nos immobilités, qu’on fait volontairement, font-ils partie de ce qui est possible selon la raison, de ce qui est impossible ou de ce qui est obligatoire selon la raison ? Ils diront : de ce qui est possible. On leur dit alors : ce qui est possible selon la raison est obligatoirement concerné par la puissance de Allah, il est obligatoire que Sa toute-puissance le concerne ; il ne t’est donc pas permis de spécifier la toute-puissance de Allah par certaines choses possibles selon la raison à l’exclusion d’autres possibilités rationnelles.
[19] On leur dit : si Allah ne crée pas les actes des esclaves qu’ils font par leur propre choix et qu’Il crée tout autre que cela, ceci impliquerait qu’il y aurait pour Allah qui le spécifierait par certaines choses à l’exclusion d’autres choses, et ceci implique l’incapacité et le fait d’être dominé alors qu’il a été confirmé qu’il n’y a pas d’autre dieu que Allah par les preuves rationnelles.
[20] Si la puissance de Allah ne concernait que certaines choses possibles selon la raison à l’exclusion de certaines autres, tout comme le disent les mou^tazilah, cela entrainerait l’impossibilité implicite qui serait de confirmer l’existence de deux créateurs, et ce qui mène à une impossibilité est lui même impossible.